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Guide
de
l'apprenti boulanger
par Serge
Potteck
www.schemectif.net/Qui/SP
version
du 18 juillet 2010
Voilà
un guide pour vous aider à concevoir VOTRE
manière de faire du pain au levain. Ne croyez pas qu'il vous
apprendra à faire LE pain au levain, d'une manière qui serait
la
même pour tous. L'expérience vous le montrera : à chacun sa façon !
Sans machine à pain, bien sûr. Juste de l'eau, de la farine, une pincée
de sel et un four. Eventuellement un réfrigérateur et la
centrale nucléaire à l'autre bout de la
prise. Sans
oublier vos mains, vos épaules et votre intellect.
Merci de participer
à
la mise à jour de ce guide 
... et d'honorer son
auteur !
Recettes de
référence
Pour trouver votre voie, inspirez-vous des grands maîtres qui nous
offrent les recettes ci-dessous.
Discutez aussi
avec les producteurs de pains artisanaux, en particulier sur les
marchés. Ils
vous donneront des trucs qui vous feront faire de grands
pas, l'échange avec eux sera certainement chaleureux par
ailleurs.
Votre recherche
Je connais deux boulangers qui font des pains très
réussis, quoique très différents. L'un vous dira : il faut
pétrir
longtemps. L'autre vous dira : court soit le pétrissage. De votre côté,
que vous pétrissiez court ou long, vous sortez un pain tout
raplapla. Pourquoi ? Parce que la combinaison de vos autres paramètres
appelle un pétrissage de durée moyenne. Quelques mois
plus tard, plusieurs de vos paramètres ayant changé, il faudra que vous
pétrissiez court... ou long. Cela dépendra même des bactéries qui
auront bien voulu proliférer dans votre levain !
Vous
vous dites : c'est un peu
gros. Il exagère ce gars-là. Et il nous sert sans doute
l'exception qui confirme LA règle.
Rassurez-vous : j'accorde mon pardon aux
saint
Thomas,
pourvu qu'ils finissent par se rendre à la raison. Alors voici deux
autres exemples : 1) Dans
un petit
four à chaleur tournante, le résultat sera globalement mauvais
car la surface
séchera trop vite, mais ce résultat sera parfois meilleur en
introduisant la pâte four froid, ce qui est à proscrire dans le cas
d'un four classique ; 2) Dans le cas de certaines combinaisons
d'état de pâte et de four, le grignage (les incises sur le pain avant
de
l'enfourner) est contre-productif, alors qu'il est efficace
dans
d'autres cas.
Ca y est, convaincu(e) ? Vous partirez donc d'une recette de base, que
vous essaierez d'appliquer. Vous constaterez qu'il vous faut
régler de nombreux autres paramètres dont l'auteur de la recette n'aura
point
daigné
vous entretenir. Réglage que vous effectuerez forcément au hasard,
puisque
personne ne vous en aura rien
dit, et que vous n'avez aucune expérience, pauvre de vous. Par la suite
seulement, vous
ferez des essais systématiques, faisant varier d'une semaine
sur l'autre un ou deux paramètres pour repérer
les tendances. A ce sujet, je suis heureux de
vous offrir une
copie personnelle d'un document historique
:
la "feuille de progrès" par laquelle j'ai réglé un jeu de paramètres
clef, de semaine en semaine. Voyez comme la note
s'améliore peu à peu. Il faut savoir qu'elle portait surtout sur la
levée du pain à la
fin
de la cuisson. A la fin : 10/10. Mais ce jour là, en mon âme et
conscience, j'ai décidé que dès la
semaine suivante, le même pain ne mériterait plus que 7/10. En fait, un
autre facteur allait intervenir : mon expertise grandissante. Ce que
j'avais compris peu à peu en réglant les paramètres précédents me
permettait déjà d'aller très vite. Deux semaines plus
tard,
le
pain méritait à nouveau 10/10. Et ainsi de suite. Pas de fausse
modestie entre vous et moi : aujourd'hui il me resterait
seulement à rendre leur
croûte aussi belle
que celle des boulangeries industrielles. Et d'éviter qu'il soit
parfois un peu trop compact encore.
Créer
son pain au levain, c'est donc une affaire très technique, une affaire
d'
ingénieur dans l'âme. Je vous
soupçonne d'être perfectionniste, voilà pourquoi je vous oriente vers
les outils adaptés à votre cas :
- Une
liste de quelques dizaines de paramètres qui influent sur le résultat,
j'en repère encore régulièrement de nouveaux. En fait, je la publierai
seulement dans quelque temps.
- Un article savant sur les plans
d'expérience
à la Taguchi, pour aller plus vite dans le réglage de vos paramètres.
Si vous renoncez à appliquer ladite méthode, vous vous en sortirez
aussi.
Bref. C'est vous et vous seul(e) qui inventerez votre manière de
faire le pain.
Rien que pour vous : petits trucs et astuces
Normalement,
dans la logique de ce guide, je ne devrais rien vous dire et vous
laisser inventer. Je vais toutefois m'efforcer de vous
mettre
sur orbite,
grâce à de petits trucs et astuces qui vous paraîtront rapidement
dérisoires. De plus, chacun est susceptible de faire rater votre
pain,
pour cause de non pertinence dans la combinaison de vos paramètres (à
vous). MA RESPONSABILITE N'EST DONC PAS ENGAGEE, PARBLEU. Si votre pain
est vraiment trop mauvais, nourrissez les
canards !
En tout cas, veuillez orienter vers un autre contenu tout
dialogue
que vous engageriez
avec
moi.
Préparation du levain
Le
levain doit en principe être rafraîchi tous les deux ou trois jours,
sinon il perd son efficacité, puis meurt. Le raffraîchir, cela
signifie lui donner de quoi se nourrir et grossir, cf. plus haut les
recettes de référence. Cette fréquence de trois
jours
est assez éprouvante, il faut compter avec les
risques
d'oubli, l'odeur forte du levain, le levain inutile
à jeter, etc. Heureusement, il existe une
invention extraordinaire, la plus importante de tous les temps s'il est
vrai qu'elle t'a libérée, femme, de tes heures de course quotidienne
après la nourriture (pendant que ton homme
s'amusait à cavaler derrière les mammouths ou d'autres
chimères
qu'il ne ramènenait que rarement). Cette
invention est... le frigo. Votre levain va tenir une semaine, voire
neuf ou dix jours au bas de cette invention. Vous le sortirez
tranquillement, six heures avant de commencer à préparer la pâte. Là
vous rafraîchirez votre levain, en rajoutant autant de farine T80 que
d'eau, doublant au minimum la quantité de départ, la triplant ou même
plus, et en battant le tout avec une cuillière en bois. Et
vous
laisserez monter votre levain à l'extérieur, pendant les six heures.
Une fois prélevée la quantité nécessaire pour faire votre pain, vous
remettrez le
reste au frigo... pour une nouvelle semaine. Cela dit, au bout d'une
semaine votre levain sera sans doute un peu poussif. Une astuce
consiste à le sortir un jour ou deux jours plus tôt, et à le
raffraîchir une fois supplémentaire à ce moment.
La durée de pousse du levain, entre le moment où vous aurez
rajouté la farine et l'eau, et le moment où vous commencerez
la
pâte, sera d'environ six heures hors du frigo. Un peu plus
lorsqu'il fait plutôt
froid dans la pièce, un peu moins lorsqu'il y fait chaud. Certains fins
esprits disent commencer à préparer la pâte juste avant que le levain
commence
à
redescendre de lui-même.
Que vous le mettiez au frigo ou non, une astuce
pour que votre pain lève mieux est de battre votre
levain à la moitié ou aux deux tiers de la période de rafraîchissement,
c'est-à-dire
au bout de trois ou quatre heures sur les six. Le pain est-il
autre chose que des grains de céréales gonflés à l'air ? Vous agirez
donc de la sorte, toujours avec une cuillère en bois. Les objets en
métal sont à éviter, mais ne les ayant pas essayés moi-même, en bon
Saint Thomas je me dis qu'il pourrait s'agir
d'une superstition... que je respecte strictement.
Testez
diverses farines T80 bio pour fabriquez votre levain. On en trouve qui
produisent un levain plus
puissant que les autres, bien qu'elle soit plus blanche ! En
tout cas, choisissez toujours une farine bio, les
risques seront
ainsi réduits qu'elle
contienne des pesticides qui feraient tourner de l'oeil à vos
précieuses bactéries
et qui entraveraient donc la levée. Pour les mêmes raisons, vous
utiliserez de l'eau de source et non l'eau du robinet.
Préparation de la pâte
Vous allez certainement préparer la pâte
dans une bassine en bois ou en plastique, dont le volume sera au moins
trois ou quatre fois celui de la pâte. Ainsi travaillerez-vous
confortablement sans en mettre partout. Vous utiliserez aussi une
balance
avec tare (qui puisse être lue lorsqu'elle porte la bassine).
Et
vous pèserez tout là-dedans à la queue leu leu :
sel, eau, levain et enfin, après avoir fouetté
longuement ce qui
précède, farine. Quand je
pense que les premières fois - c'était au-dessus des
magnifiques
gorges du Chassezac
- je salissais cinq ou six récipients,
non sans faire l'intéressant en plaçant deux lampes de chevet allumées
dans le carton où je raffraîchissais le levain...
En ce qui concerne la composition de la pâte, j'ai un
ORDRE
à vous donner. Réduisez le sel, bon sang de
bonsoir
! Vous avalez trop de sel, du matin au soir. Graves, les conséquences
vont jusqu'aux
AVC.
Dans le fond ça vient du
fait que les
industriels nous habituent à toujours plus de sel, ce qui leur permet
de
vendre à prix d'
OR la flotte (l'eau)
ainsi retenue dans leurs soupes et autres plats
cuisinés. Même ceux qui vendent des soupes bio en
mettent des tonnes : 35% des AJR (Apports Journaliers Recommandés) pour
une seule assiette d'un seul
repas, je l'ai découvert l'autre jour dans le
TGV !!! Combien de
sel dans votre pain, donc ? C'est tout bête. Il
faut savoir qu'un adulte a droit à cinq grammes par jour. Deux
grammes lui suffiraient. Dix grammes est la moyenne de consommation, et
c'est beaucoup trop. Ne soyons pas plus royaliste que le roi, disons
cinq grammes. A ces cinq
grammes vous enlevez ce que vous vous
injectez par ailleurs en moyenne. Attention dans vos fines évaluations,
sur les emballages c'est souvent le
poids en sodium qui est astucieusement donné, il faut doubler car le
sel est une mixture de sodium... et de chlorure (chlorure de sodium,
rappelez-vous...). Bref. Le
résultat de la soustraction est ce que vous mettrez dans la pâte de
votre pain quotidien. N'allez pas croire, après avoir commis l'erreur
d'échapper aux
cours de chimie tout au long de votre vie, que le sel
s'évapore à la cuisson. Et surtout, n'ayez crainte. Vous vous
habituerez au goût de
votre pain peu salé. D'une part la farine bio sélectionnée
par vos
soins lui en donnera, du goût. D'autre part on s'habitue à tout
sauf... au surplus de sel. C'est ainsi que j'en suis à 22 grs
dans mes
4,5 kg de pâte hebdomadaire (contre 50 grs préconisés dans les
recettes, et
bien plus dans ces boulangeries qui vendent des
sucettes en sel saupoudré de farine).
Vous allez pétrir à la main, bien sûr. Ne comptez pas sur les robots
ménagers, pas même sur ceux qui se
prétendent "professionnels". Ils
sont conçus pour les soupes
légères
et les blancs en neige. En fait, à partir de deux kilogrammes de pâte
ce n'est pas à la
main que vous pétrirez, mais aux épaules. Vous soulèverez la pâte par
un côté, et la laisserez tomber sous son propre poids par l'autre.
Lorsqu'elle sera étirée, vous replierez le bas sur le haut,
pour y
capturer l'air. Pétrir c'est étirer et aérer, et
ainsi de suite. En tout
cas ne pétrissez pas avec les doigts, et s'ils
craquent illico
stop :
ça favorise l'arthrose.
Un truc que j'ai parfois mis en application est
le suivant : laisser de côté un peu de farine pour pétrir une
patte plus fluide, et rajouter cette farine à la fin. Mais cette
dernière opération ne m'est guère agréable. De plus elle
prend du temps, pendant lequel on se demande si l'ensemble
sera pétri correctement. Je préfère maintenant me débrouiller
avec une
pâte plus fluide à la fin. Le seul risque est qu'elle colle au torchon
après la seconde levée, mais il suffit de bien fariner le pâton avant.
Cette consistance de la pâte à la fin du
pétrissage est un paramètres véritablement très
important. Rappelez-vous : PÂTE DURE PÂTE SÛRE, PÂTE MOLE PÂTE
FOLLE. A vous de doser. Je considère qu'elle ne doit plus trop coller
aux
doigts, mais qu'elle doit continuer à s'étendre très légèrement
d'elle-même
sous son propre poids lorsqu'elle est soulevée d'un côté.
Levée de la pâte
Le standard pour la levée de la pâte au levain est le suivant : deux
fois
2H30, soit 5H00. Mais ainsi n'aurez-vous pas de répit
supérieur à 2H30 pendant
une
période de 6H30 (incluant 30 minutes pour préparer la
pâte et 60 minutes pour la cuisson). Voilà qui pourrait vous freiner
dans l'existence, et perturber vos relations sociales.
Renoncerez-vous alors au levain en faveur de la
levure, dont le cycle est plus court ? Certainement pas. Le
levain
est infiniment plus souple que la levure, comme vous le pigerez
tout de suite. De plus, la levure poserait chez certains
de graves problèmes de santé avec de la farine T80 ou plus,
celle-là justement qu'il est préférable de consommer sur le plan
nutritif.
Voici donc une astuce. Donc.
Effectuez la première levée au frigo, le récipient recouvert d'un linge
humide, et ce pendant 24H00. Vous pourrez même pousser jusqu'à 36H00
avec
succès (le cas des photos de cette page). Mais je vous entends
ricaner...
Il
nous remplace 7H00 par 40H00 et il fait son fier. En plus il nous met
une grosse bassine dans le frigo, et il génère des
déchets
nucléaires à l'autre bout du réseau électrique. Écolo du dimanche,
va... OK, OK. Vous avez totalement raison, mais d'une part j'ai une
empreinte
écologique
plutôt faible par ailleurs (2,5 planètes suffiraient
si
chacun leur en demandait autant), et d'autre part c'est beaucoup
plus
souple ainsi. Vous faites
tranquillement la pâte un soir pour vous détendre, et vous
allez vous
au lit.
Un matin où personne chez vous n'a de velléité de promenade, vous
effectuez tranquillement la seconde levée et la cuisson, en bloquant
seulement 4H00 heures au
lieu de 7H00 (je laisse les heures sous forme de
chiffres, c'est
plus facile à suivre bien
que ce soit archi anti-typographique). Pourquoi 4H00 ? Parce qu'alors,
après
une si longue
levée au frigo, avec tout de même la nécessité de réchauffer d'abord la
pâte, la
seconde levée sera de 3H00 au lieu de 2H30. Durée à laquelle s'ajoutera
celle de la cuisson. Bon, après avoir ainsi pétri votre
esprit, je vous en donne une autre, d'astuce : la
première partie du
rafraîchissement du
levain peut avoir lieu au frigo, à raison de 24H00 ou 36H00 au lieu de
3H00
dehors ! Inutile que je vous explique, vous avez déjà
compris : combiné avec d'autres astuces, et à condition de
beaucoup prévoir, vous pourrez faire du pain en milieu de semaine même
si vous travaillez du lundi au vendredi, du matin tôt
au
soir tard.
Préparation des pâtons pour la cuisson
C'est juste avant la seconde levée que vous aurez donné leur
forme aux
pains. Vous aurez choisi des paniers ronds, rectangulaires ou très
allongés pour des baguettes ou des flûtes. Sans doute
aurez-vous recouvert le panier d'un torchon, que vous aurez refermé
ensuite sur la pâte. Dans chaque panier : un pâton.
La disposition des pâtons peut être importante pour la levée du
pain.
Par exemple, si vous jouxtez selon leur longueur des pâtons
cylindriques, vous bénéficiez peut-être d'un effet saisissant. Entre
deux
pains juxtaposés ne se formera point de croûte. Le pain se considérant
comme unique
et très large, cela lui donnera l'élan à monter plus.
Une fois la seconde levée terminée, comment vous y prendrez-vous pour
déposer le pain sur la plaque, en préservant le pâton gonflé à bloc ?
Je ne m'adresse ici qu'aux hommes. Vous retournerez la plaque
sur
les paniers
juxtaposés après les avoir dégagés de leurs torchons respectifs. Vous
retournez
alors le sandwich, enlevez les paniers, et retirez
délicatement les torchons qui restaient sur la pâte. Vous allez m'en
coller une, d'accord je suis allé un peu
loin : vous
l'auriez trouvée de vous-même cette astuce.
C'est maintenant vous, femme, que je risque de me mettre à
dos, en
précisant que la plaque
doit être radicalement propre et totalement sèche au moment où vous y
placez la pâte après la dernière levée. Sinon le pain accrochera et
vous aurez du mal à le retourner à mi-cuisson, lorsque sa croûte
folâtrera avec les
250°C.
En ce qui concerne le grignage (la réalisation des incises qui
s'écarteront à la
cuisson), je renonçai d'emblée à la lame de rasoir préconisée. Je
préférai utiliser des cutters, bien que je galérasse même lorsque leurs
lames étaient en inox. Ma solution
préférée
actuellement est un bon couteau... à pain. Quoi qu'il en soit, je
conseille d'essayer au
moins une fois de grigner très peu profond, et d'observer comme le
pain
réagit au four.
Cuisson
La levée du pain lors de la cuisson est un moment de
grâce.
Les
premières fois, vous resterez planté devant en continu, le
coeur
battant. Ca monte ou ça monte pas ? Jusqu'où, à quel moment
n'y
a-t-il plus rien à espérer ?
Lors
de la cuisson, il est possible que vous rencontriez le problème suivant
: le pain est déjà brûlé en-dessous, mais il est loin d'être cuit
au-dessus. Certes, d'aucuns trouvent normal de laisser
brûler le pain au-dessous et de gratter ensuite. Mais ça va
vous prendre du temps, et vous allez mettre du charbon plein la
cuisine. Après 6 mois de brûlage/grattage, j'ai trouvé la
solution consistant à placer des coupelles d'eau sur le fond du four.
Double effet : réduire le rayonnement par en-dessous, et
garder le
four humide pour une croûte plus resplendissante. Du génie. Il m'a
fallu 50 semaines pour en comprendre la bêtise, car ça réduisait
encore un peu plus la puissance d'un four déjà poussif. Celui-ci
retombait du
thermostat 8 à 5 après l'introduction du pain. Heureusement, le génie a
soufflé encore. Il suffit en fait de retourner
le
pain vers les 2/3 de la cuisson, pile entre le moment où il ne
peut
plus monter parce que la croûte est trop dure, et le moment où le
dessous serait brûlé. Et hop, comme une crêpe. Sauf qu'à cet instant le
pain n'est pas encore
suffisamment rigide, et il se tasse une fois à l'envers. Donc :
basculer
de 90° plutôt que de 180°,
autrement dit le retourner sur la tranche lorsque celle-ci est
verticale (cf. l'image ci-dessous). Il se pourrait même qu'il
gonfle
encore un peu ainsi.
Attention : 250°C (thermostat 8), c'est légèrement hyper-brûlant.
N'amusez pas la
galerie en utilisant du Sopalin. De bons gros gants de barbecue
préserveront plus délicatement l'incomparable
douceur
de votre peau.
Vous
allez bien sûr vous poser cette question-clef : mais quand mon pain
est-il cuit, trop cuit, pas assez cuit ? Un premier
critère est le
suivant : il est cuit s'il sonne creux lorsque vous toquez
contre. Ensuite vous affinerez, par exemple en cuisant toujours
exactement la même pâte pendant exactement la même durée, exactement à
la même température. Vous trouverez un autre critère dans le résultat
final. Lorsque vous
coupez le pain encore chaud, la
mie ne doit pas
s'agréger en petits grumeaux. Une fois refroidie, cette même mie doit
revenir à
sa
place après avoir été comprimée avec le doigt, sans toutefois être trop
sèche et sans que la croûte soit trop épaisse. Et si vous
sentez
l'acidité du levain à la
dégustation, c'est également le signe d'une
cuisson insuffisante. Enfin, vous le découvrirez par vous-même
la
première fois où vous oublierez votre pain dans le four et reviendrez
attirés par l'odeur de brûlé : quelques minutes de
cuisson de trop, voire quinze minutes vous forceront peut-être à
gratter, mais le reste sera tout à fait mangeable.
Conservation
La mode est aux déclarations sur le ton d'une sagesse
abyssale, comme
quoi le pain au levain est bien
meilleur après quelques jours de "rassiement". Mais d'où
sortent de telles âneries ? Il m'arrive d'avaler un tiers de pain de
1400 grammes dès qu'il est sorti du four, il fait alors fondre
instantanément la motte de beurre bio posé dessus (inutile de
me dire que c'est mauvais pour la santé, je
m'attends à mourir d'un instant à l'autre pour une autre
raison).
Qui donc s'attaquerait aussi
violemment aux quignons qui atteignent les huit jours et dont seuls se
régalent
les
canards
- à condition d'avoir sous la palme un canal où les
tremper ? D'une manière
générale : plus
le pain est
frais, plus il est bon. Que les
écolos
anti-congélo se le
tiennent pour dit.
Après
la production je laisse du pain dehors pour les deux jours suivants,
dans le torchon d'une
trisaïeule.
Le reste part au
congélateur à raison d'un morceau par jour, dans une pochette
plastique hermétique réutilisable, assez épaisse pour ne pas être
percée. Un morceau est sorti chaque soir pour être
attaqué le lendemain matin. Le lendemain matin en question, ce serait
meilleur
si le morceau était décongelé au micro-ondes. Certes.
Mais je me l'interdis
strictement sauf lorsque
j'oublie de le sortir la veille. Car ce serait dommage, n'est-ce pas,
de faire du pain bio
au levain pour finir par le disséquer en
radicaux
libres.
Radicaux libres
dont
Wikipedia
disait le 10 janvier
2010 :
"La présence de
radicaux
libres dans le
corps est caractérisée par une
augmentation du système de défense, ou par les dégâts qu'ils ont
provoqués.").
A vous de panifier !
Cela étant dit, oubliez maintenant les trucs et astuces précédents, et
débrouillez-vous tout(e)
seul(e). Encore une fois : c'est à vous de
concevoir
à la fois votre
pain et votre manière de le faire, bon sang de
bonsoir
!
Merci de participer
à
la mise à jour de ce guide 
... et d'honorer son
auteur !
Remerciements
Par ordre de rencontre, merci :
- aux auteurs des recettes
de référence, et en particulier à Henri Granier pour
votre
livre et
pour vos conseils par mail,
- à Martine,
vendeuse de farine et de produits laitiers bio
sur le
marché bio du Capitole de Toulouse (mardi et samedi), pour
m'avoir orienté vers la technique du levain,
- aux boulangers de la foire bio
de Gaillac
(week-end de Pentecôte), pour votre partage du savoir,
- à
Marie
Consiglio
productrice et vendeuse de farine et de pain bio sur
le
marché de Lisle Jourdain (samedi
matin), pour m'avoir orienté vers l'utilisation du frigo, et
pour
m'avoir
toujours trouvé 15 kg de farine même commandés la
veille au lieu du mercredi,
- à Maurice
Julien, patron de la
boulangerie-pâtisserie Christophe rue de la
Concorde à Toulouse, pour vos encouragements et pour vos conseils,
- à Jean-Paul,
vendeur de pain bio sur le marché
de Rabastens,
pour vos explications et pour votre pain que vous offrez
à goûter,
- à Christophe,
producteur et vendeur de farine et de pain
sur le marché bio
du Capitole à Toulouse (mardi matin
et samedi matin), pour l'astuce
consistant à battre le levain à
mi-rafraîchissement,
- à Bernard
Coulon, producteur et vendeur de farine et de
pain bio sur le marché aux producteurs
de Toulouse Saint-Aubin
(dimanche matin), pour nos échanges au petit
matin.