Éditions
du Schèmectif
Collection
Partages
©
Copyright - L'utilisation de ce texte est libre, aux trois
restrictions suivantes près :
1)
Il doit toujours être présenté avec le contenu
exact et complet du texte original offert sur le site
http://www.schemectif.net,
présentes restrictions comprises. Les courtes citations
sont autorisées pourvu qu'elles renvoient à l'URL
sus-cité.
2) Le texte ne doit
pas être reproduit sur un support destiné à une
diffusion sans l'autorisation de son auteur, que le support soit
payant ou non.
3) Le contenu de ce
guide n'engage pas la responsabilité de son auteur.
par Serge Potteck
www.schemectif.net
version du 9 décembre 2007
Merci de participer à
la mise à jour de ce guide en proposant corrections
et améliorations
![]()
Vous appréciez ce guide au point de ...
Vous m'avez envoyé votre livre, merci !
L'auto-édition,
à laquelle ce guide est consacré, consiste à
assurer la diffusion d'un texte écrit... par soi-même.
Il s'agit d'organiser et de réaliser (ou de faire réaliser
indépendamment) des opérations telles que : la
saisie du texte sur ordinateur ; les relectures ; la mise en forme
avant transmission à l'imprimeur ; la promotion auprès
des clients potentiels et des libraires ; le stockage des exemplaires
; les envois aux clients, etc..
L'auto-édition est à distinguer de l'édition à compte d'auteur, dans laquelle l'auteur paie une société unique qui s'engage à prendre globalement en charge une bonne partie des opérations précédentes, sinon la totalité. L'auteur n'est plus chef de projet comme dans l'auto-édition, il devient client d'une société à qui il confie son texte et donne une somme d'argent (selon des clauses variables). A cet égard, ce guide est également susceptible de vous fournir des repères utiles.
Quant à l'édition personnelle, elle consiste à faire imprimer des livres en faible nombre pour les distribuer aux proches. Il ne s'agit donc absolument plus de les vendre comme dans l'auto-édition et l'édition à compte d'auteur. Demandez des renseignements à vos libraires : ils vous orienteront vers des offres commerciales de nature à minimiser votre travail. Le présent guide vous aidera ensuite à choisir entre les diverses approches.
Attention ! Certaines offres d'édition personnelle sont ambiguës pour le néophyte : elles pourraient laisser à penser qu'il s'agit d'offres d'édition à compte d'auteur. Or elles ne permettent pas de vendre vos livres, sauf à vous retrouver en porte-à-faux avec la loi.
Sommaire
Sachez-le dès à présent : l'auto-édition est un parcours du combattant au succès commercial pour le moins incertain. Mais vous avez un texte à offrir au monde, et cela ne suffit pas à vous décourager d'emblée. D'ailleurs, la démarche est aussi un parcours initiatique, dont vous sortirez certainement moins naïf et peut-être chef d'entreprise. Vous jugerez peut-être qu'il vaut mieux publier votre texte sur Internet comme tout le monde. Quoi qu'il en soit, menez votre démarche jusqu'à être clair avec vous-même, et serein par rapport à votre environnement social ! J'espère que votre parcours sera facilité par les quelques conseils qui suivent. Il vous faut toutefois les relativiser, parce qu'ils sont le fruit d'une expérience forcément limitée. Par ailleurs, il est à noter que toutes les informations à caractère administratif et juridique concernent la FRANCE.
Écrire le
livre
Chercher un éditeur
Rendre visite aux imprimeurs
Décider
d'auto-éditer le livre
Mettre en
forme le texte
Devenir Éditeur
Livrer le texte à l'imprimeur, en PDF
ou en POSTCRIPT
Recevoir le premier
exemplaire et les suivants
Vous
métamorphoser en éditeur-distributeur
Etat
d'esprit
Promotion du livre
Modes
de commercialisation du livre
Système
Qualité et Procédures
Votre
entreprise d'édition
Gestion des
commandes
------------------------------------------------------
Liens
Annexe A : respecterez-vous la loi sur les
35 heures ?
Annexe B : l'annonce de la
parution de votre livre sur les news d'Internet
Ecrire le livre restera l'aspect le plus important. Faites-le bien, le mieux possible, en prenant le temps qu'il faut. Donnez tout ce que vous avez à donner, comme si vous ne saviez pas que votre oeuvre allait bientôt chercher sa place dans le monde marchand sans âme. Même si la postérité n'est pas votre ambition, cherchez à ressembler à Montaigne, ainsi évoqué par Jean d'Ormesson dans Une autre histoire de la littérature française (coll. Points) : "Comme Saint-Simon ou comme Proust, Montaigne est l'homme d'un seul livre. [...]. Il ne cesse de le reprendre, de le corriger, de l'augmenter. Quelque mille pages en vingt ans, soit cinquante pages par an : une page environ par semaine. Voilà comment s'écrit un chef d'oeuvre qui traverse les siècles."
Remerciez le Ciel de vous placer face à de redoutables problèmes conceptuels et face à des défis de tout ordre. Ne vous laissez pas aller à les camoufler. La valeur de votre livre naîtra de vos efforts à les surmonter. L'honnêteté avec soi-même n'est-elle pas toujours payante ? En l'occurrence, tout sera effectivement plus simple par la suite.
Ecrivez pour quelqu'un, cela donnera à votre plume le souffle généreux qui vous fera traverser les difficultés. Inventez-vous un 'lecteur-modèle'. Tout virtuel soit-il, votre secrète relation avec lui donnera une homogénéité à votre expression, et vous dissuadera de céder à la facilité qui vous guette à chaque détour de paragraphe.
Régulièrement, montez au sommet d'une montagne et regardez-vous travailler. Vous en êtes à chercher l'inspiration, à organiser les idées, à peaufiner le plan ? Inutile d'y passer tout votre temps, l'esprit humain est ainsi fait que le travail se fait tout seul, à condition de ne pas se crisper. Ne renoncez donc à aucune promenade, sortie avec des amis, séance de cinéma, plongée dans la société, lecture éloignée de votre sujet, etc. Consacrez au maximum une ou deux heures par jour à l'élaboration de votre livre, par périodes espacées (dont une avant de vous coucher ?) pour mieux mobiliser votre esprit. Vous êtes plutôt dans une phase de travail où l'avancée de votre projet est proportionnelle au temps que vous y passez ? Demandez-vous s'il est judicieux d'attendre une plage de trois heures pour vous y mettre. Pourquoi ne profiteriez-vous pas de la moindre demi-heure qui s'offre à vous ?
Si vous ne voyez pas le bout de votre démarche, morcelez-la. La solution consistant à publier plusieurs volumes en l'espace de quelques années.
Notez qu'un livre n'est pas nécessairement voué à être édité, c'est-à-dire proposé à un lectorat inconnu. Vous pouvez aussi l'écrire simplement pour faire le point sur un sujet qui vous touche. Si vous menez l'exercice à son terme, vous en sortirez certainement intellectuellement et moralement grandi. Vous pouvez aussi brûler le manuscrit juste après l'écriture de la dernière ligne. Vous ressemblerez ainsi à mon frère, simultanément admiré et critiqué quand il détruisait ses magnifiques constructions en briques que personne n'avait pu voir (il en montrait tout de même une de temps en temps, sinon comment aurait-on su qu'il réalisait de magnifiques constructions en briques ?). Vous pouvez aussi choisir d'offrir des photocopies du livre à vos proches, pour approfondir le dialogue que vous entretenez avec eux.
Mais sans savoir pourquoi (l'inconscient est plein de mystères et de sourdes exigences), ou pour une raison qui ne regarde que vous, vous souhaitez peut-être que votre livre soit publié à l'ancienne. Bref, vous souhaitez en disposer sous la forme d'une myriade de blocs de papier imprimés, et le voir circuler ainsi. C'est légitime.
Vous n'êtes pas sans savoir qu'il est de bon ton que votre oeuvre soit publiée par un éditeur qui a pignon sur rue. Votre génie en serait en effet immédiatement doublé d'une légitimité qui vous motiverait et vous ouvrirait bien des portes. Ce succès incontestable vous monterait sans doute un peu à la tête et votre livre en cours d'écriture en deviendrait moins bon, mais cela n'est pas absolument certain. Quoi qu'il en soit, puisqu'il serait de très bon ton que votre livre soit publié par un éditeur ayant pignon sur rue, cherchez à faire éditer votre livre par un éditeur ayant pignon sur rue. A en croire les statistiques il y a de fortes chances que vos démarches n'aboutissent pas. Toutefois, à travers elles vous ferez des découvertes fort utiles pour la suite. D'abord, en constatant que vous ne parlez pas bien de votre oeuvre, vous commencerez à prendre conscience de ce qu'elle est vraiment. Votre discours à son sujet s'affinera petit à petit, et l'avenir que vous lui construirez sera plus réaliste. De plus, vous pourrez apprécier cette décourageante logique commerciale à laquelle vous vous heurterez d'abord, mais dont, par la suite, vous serez peut-être amené à devenir l'un des plus fervents défenseurs.
Protégez votre oeuvre. Je ne doute pas que votre démarche soit fondamentalement généreuse et ouverte. Mais cela ne vous oblige pas à tout céder sans contrepartie au premier indélicat qui passe. Pour toutes les précisions sur les diverses méthodes de protection, lisez le Guide anti-plagiat du numéro 36 (février-mars 2002) de la revue Ecrire & Editer. Vous pouvez déposer votre texte chez un notaire (100 €), auprès de la Société des Gens de Lettres (SGDL) (40 € pour quatre ans) ou, si vous avez écrit une pièce ou un scénario, auprès de la Société des auteurs compositeurs dramatiques (SACD). Si vous n'avez à protéger que trois pages à faibles enjeux, vous pouvez aussi vous envoyer le texte à vous-même, avec accusé de réception. Vous collez cet accusé avec soin sur l'enveloppe, pour qu'on ne puisse pas vous accuser d'avoir rempli la lettre après l'avoir reçue. Il est clair que la protection sera alors, juridiquement parlant, beaucoup plus limitée que dans les cas précédents. Une solution intermédiaire est l'enveloppe "Soleau", disponible au prix de 10 euros dans les INPI de France et de Navarre. Le prix est très avantageux, l'inconvénient est que vous ne pouvez glissez dans ladite enveloppe que 7 feuilles A4. Imprimez-donc votre oeuvre en recto-verso en la réduisant le plus possible (8 pages sur chacune des feuilles autorisées, soit au total 112 pages bien tassées). Ce qui restera dans l'enveloppe après que l'INPI l'ait trouée permettra de prouver pendant 5 ans qu'à telle date, vous disposiez bien de tel texte (le vôtre).
Envoyez ensuite vos manuscrits au "Comité de lecture" des maisons choisies, accompagnés d'un dossier descriptif de quelques pages. Vous pourrez chercher à renseigner votre interlocuteur sur les questions suivantes : que racontez-vous, quel objectif vous êtes-vous fixé, quels publics visez-vous, qu'est-ce que votre ouvrage a d'original, quel est son état d'élaboration, sous quelle forme serez-vous prêt à le remettre ?
Pour cibler les éditeurs concernés par votre travail, et pour éviter absolument ceux qui ne chercheraient qu'à vous délester de vos économies, consultez d'abord l'annuaire Audace publié au Calcre par Roger Gaillard. Envoyez alors votre manuscrit sous une forme très proche de la forme finale. Vos interlocuteurs reçoivent en effet tant de textes qu'ils sont obligés de considérer que la forme est représentative du fond. Chaque envoi vous coûtera presque 15 € de photocopies et de timbres. Vérifiez donc que les maisons d'édition concernées par votre livre n'appartiennent pas au même groupe. Non seulement vous ferez des économies, mais vous éviterez d'importuner ceux qui verront passer plusieurs fois votre oeuvre. Pour ma part, j'ai reçu de l'un de ces messieurs un petit mot plein de courroux, un courroux tellement sensible qu'il en devenait pédagogique. Merci !
Trois manuscrits sur quatre, environ, me sont revenus. Dans certains cas on m'avait préalablement demandé de régler les frais de port. Un manuscrit sur cinq semblait avoir été au moins parcouru. Quel aurait été ce score si je n'avais réalisé tous mes envois avec accusé de réception ? Point ne sais-je.
Au terme de quelques mois, votre modestie cessera de vous empêcher de voir les choses en face : les éditeurs vous respectent trop pour vous traiter comme un simple écrivain. Ils préfèrent que vous deveniez l'un des leurs.
Vous vous souviendrez alors que l'un de vos amis a déjà auto-édité un livre. Il vous dira certainement qu'il vous faut choisir un imprimeur. Voilà une évidence à laquelle on pardonne son caractère évident, car il s'agit d'une évidence réellement importante. Oui, vous envisagez de payer éventuellement un imprimeur pour qu'il vous livre quelques mois plus tard une palette, sur laquelle seront posées quelques centaines d'exemplaires du fruit de votre âme.
Vous allez donc demander à des imprimeurs d'étudier votre cas. Ils le feront avec bonne volonté, gratuitement. Mais comme leur réponse tardera parfois, relancez-les régulièrement. N'hésitez pas à solliciter un nombre important de ces nobles descendants de Gutenberg : les prix proposés varient du simple au double, la qualité et les délais varient également dans des proportions considérables. Pour les gros tirages (au-delà de 10000), voyez du côté de Barcelone : les prix sont décoiffants (merci à Georges Desplat pour cette information). Avant de choisir une solution barcelonaise, considérez tout de même que la possibilité d'aller discuter chez votre imprimeur en bicyclette, en savourant les douceurs printanières ou en appréciant les joies de l'hiver, présente de larges avantages. En effet, vous ne connaissez rien des subtilités de la transformation de vos pures pensées en plaques d'offset. En France, n'oubliez pas que vous pouvez payer une TVA à 5,5% seulement, soit bien moins que les 19,6% qui s'appliquent à la plupart des produits.
En dehors de ces questions de prix, de qualité et de délais, le point le plus important est incontestablement celui de la forme sous laquelle vous transmettrez votre oeuvre à l'imprimerie. Selon l'adéquation de leurs outils informatiques et des vôtres, vous vivrez par la suite des moments de galère supportables ou quasi-mortels. Vous pourriez certes livrer votre texte sous forme de manuscrit (écrit à la main, avec une vraie plume), et vos images en vrac. Mais dans ces conditions le prix serait plus que doublé. Cherchez donc à l'avance, c'est-à-dire avant de signer le bon de commande, le moyen le plus direct de transmettre des fichiers informatiques exploitables par l'imprimerie. Une imprimerie m'a un jour elle-même demandé que nous fassions une expérience. C'était très judicieux. L'expérience en question nous a demandé plus de temps que prévu. Mais elle s'est finalement avérée positive : nous avons appris de part et d'autre, et tout s'est bien passé ensuite.
|
"Internet oblige les industriels à changer de modèle économique. Il s'agit de passer de la vente d'un contenu matérialisé dans un support à la vente de l'accès à ce contenu. Mais pour que ce paradigme fonctionne, il faut pouvoir comptabiliser les usages et s'installer solidement au poste de péage" Antoine Reverchon, journal français Le Monde du 22/11/05 |
Maintenant, c'est absolument sûr : aucun éditeur ayant pignon sur rue n'a été foutu de comprendre qu'il serait judicieux de sa part d'investir dans votre bouquin. Vous êtes presque décidé à le faire imprimer. Il reste tout de même deux difficultés :
1) D'abord, vous êtes fatigué(e). Vous n'avez pas dormi la nuit dernière, parce que vous avez fait la liste de toutes les actions qu'il vous faudra mener pour commercialiser le livre, une fois qu'il sera imprimé. Certes vous ne saviez pas que vous bénéficieriez de mon aide, mais une telle insomnie peut tout de même être classée dans la catégorie des insomnies "lucides".
2) Le second problème, c'est le prix, évidemment. "Tout de même, une somme pareille ! Une demi petite voiture neuve qui partira en fumée si je ne vends rien !" Combien en faire imprimer, d'ailleurs ? Certes, chaque livre supplémentaire ne coûte pas plus d'un à deux litres d'essence. Mais il faut y ajouter la part d'investissement dans le premier exemplaire, qui coûte presque la demie voiture à lui seul. En effet, dans le cas d'une technique d'impression 'offset', le problème est en effet celui de ces "frais fixes". Courage, les calculs sont presque aussi amusants que les problèmes de robinets qui fuient.
Mais avant d'entreprendre éventuellement ces calculs, il vous faut choisir entre deux options radicalement différentes. En effet, en France au moins, vis-à-vis d'interlocuteurs tels que votre inspecteur des impôts, il n'y a pas d'intermédiaire entre les deux options suivantes :
option 1 (édition personnelle) : vous voulez simplement distribuer le livre à vos amis, gratuitement. Dans ce cas, vous faites imprimer autant d'exemplaires que vous avez d'amis. Le coût sera celui de l'impression et d'éventuels frais d'envoi. Cela dit, vous pourrez tout de même accepter de la part de vos amis qu'ils vous paient les livres à prix coûtant. Dans ce cas, si vous n'êtes pas sûr à l'avance de les voir tous partir, veuillez vous reporter aux calculs valables dans le cas de la seconde option.
option 2 (auto-édition et édition à compte d'auteur) : vous souhaitez commercialiser votre livre, c'est-à-dire en faire la promotion pour le vendre à des inconnus qui vous rétribueront pour cela. Vous chercherez non seulement à ne pas perdre d'argent, mais aussi, éventuellement, à faire des bénéfices. Bref, vous serez dans l'état d'esprit d'un commerçant. C'est cet état d'esprit qui, pour les impôts par exemple, constitue la distinction fondamentale.
Dans le cas de cette seconde option, le choix du nombre de livres à faire imprimer est bien plus compliqué que dans la première option. Voici une manière d'envisager la question :
Soit p le prix de N exemplaires, et s le prix de 100 exemplaires supplémentaires. Les frais fixes s'élèvent donc à ff=p-s*(N/100). Le prix de l'exemplaire supplémentaire s'élève à e=s/100. Quel est le nombre X d'exemplaires à faire imprimer ?
Selon les hypothèses précédentes, le coût de X exemplaires est égal à :
c(X)=ff+e*X.
Supposons que vous vendiez finalement M livres. Supposons que la vente de chaque exemplaire vous rapporte la somme v. Cette somme v est égale au prix de vente du livre moins les frais de port non facturés, la remise libraire, la TVA collectée à verser à votre inspecteur des impôts, etc.. Si vous n'effectuez pas une part importante de vos ventes par l'intermédiaire d'un grossiste, vous pourrez considérer qu'en moyenne v sera égal à 70% du prix public de vente. Sinon, tablez plutôt sur 45%. Supposons par ailleurs que vos frais divers (site web, logiciels, livres envoyés à titre publicitaire, chemises en cartons, stylos, publicité, repas offerts à vos clients potentiels, prélèvements obligatoires, etc..) s'élèvent à d. Vous récupèrerez donc finalement :
r(M)=v*M-d
Si vous commandez X livres et en vendez M, votre perte ou votre gain sera donc égal à :
g(M,X)=v*M-(ff+e*X+d)
Vous y verrez un peu plus clair en traçant une famille de courbes, dont chacune représente g en fonction de M pour une valeur différente de X (par exemple 500, 750, 1000). Vous pourrez aussi tracer plusieurs familles de courbes en faisant varier le prix de vente v du livre. Ce sera encore plus joli si vous utilisez des couleurs. Vous pourrez alors vous dire que vous ne perdrez rien, pourvu que vous vendiez un nombre de livres aussi petit que :
I=(ff+e*X+d)/v
|
Personne ne choisira X et v à votre place. Mais : si vous réussissiez à les vendre, vous auriez gagné assez pour payer sans sourciller les frais fixes du retirage, après avoir modifié tout ce qui n'allait pas (couverture, titre, prix). Et puis, il est encore temps de renoncer au bonheur de la publication sur papier. En particulier, je vous ordonne d'abandonner cette publication si la perte de la somme (ff+e*X+d) devait vous rendre l'existence difficile ensuite (vous perdriez au minimum cette somme si vous ne vendiez quasiment aucun livre, ce qui est plutôt courant chez nous autres qui auto-éditons nos livres). |
Le choix du 'prix public de vente' Dans le milieu de l'édition, on considère que pour ne pas perdre d'argent, le prix de vente v doit être égal à 4 à 8 fois le prix de fabrication moyen (e+ff/X). Pour votre livre, dont la promotion sera artisanale, il vaudrait mieux choisir une valeur proche de 8. Mais alors les clients potentiels, effarouchés par le prix élevé, risquent de ne pas réaliser l'acte d'achat dont vous rêvez. Pas facile ! |
D'ailleurs un éditeur peut comprendre, enfin, que votre oeuvre mérite qu'il y jette un regard plus perspicace. A l'horizon de quelques années, vous pourrez peut-être aborder la démarche de publication dans de meilleures conditions.
Avant de choisir X, vous pouvez entrer en relation avec des personnes ou des organisations dont vous pensez qu'elles seront des clients motivés juste après la sortie du livre. En revanche, je ne suis pas favorable à la souscription tous azimuts pour financer un tel projet. Je la trouve détestable pour les proches, sauf si ceux-ci défendent réellement et spontanément le contenu du livre (c'est-à-dire s'il y a un réel élan collectif sur le fond, et qu'autour de vous on ne se sent pas obligé de vous filer 15 € juste pour ne pas vous fâcher).
Depuis peu, il existe
d'ailleurs une solution tellement fabuleuse qu'il n'y a plus aucune
raison de se lancer dans une aventure hasardeuse de publication. Il
s'agit évidemment de la publication sur Internet. Elle ne
coûte pas plus que le temps qu'il faut, depuis un cyber-café,
pour créer un compte et télécharger quelques
fichiers. Soit 5 €, à condition de ne pas se presser. Je
vous prie de noter qu'en ce concerne le présent texte, c'est
ce que j'ai choisi
de faire. Le
regrettez-vous ?
|
Et l'édition à compte d'auteur ? Comme je suis un auto-édité, je n'ai pas d'expérience directe de l'édition à compte d'auteur. Toutefois, les définitions proposées en introduction me permettent de vous donner quelques indications. Aspect maîtrise du processus - Dans l'édition à compte d'auteur, vous perdez la maîtrise de l'ensemble de la démarche. C'est un avantage si vous ne pouvez ou ne voulez pas assumer cette maîtrise qui représente un gros travail et une attention quotidienne. C'est aussi un inconvénient, dans la mesure où vous serez forcément soumis à des contraintes diverses et variées (par ex : obligation de passer par la maison d'édition pour la mise en forme du texte). A vous de faire la part des choses entre ce que vous pouvez et voulez faire d'une part, et ce qu'on vous propose d'autre part. Oubliez votre côté auteur, faites remonter l'homme (la femme) d'affaires qui sommeille en vous. Aspect réalisation des tâches - La maison d'édition à compte d'auteur prend en charge certaines tâches, que vous n'aurez donc pas à réaliser. Il s'agit pour vous d'estimer si ce travail vaut le prix qu'on vous demande. Évidemment, l'estimation la plus délicate concernera la promotion. Comment savoir dans quelle mesure votre livre serait mis en avant si vous signez le contrat ? Tout dépend en particulier de la réputation dont dispose la maison d'édition à compte d'auteur dans le milieu du livre. Si cette réputation est très mauvaise, votre livre pourrait bien être coulé d'emblée pour cause d'anti-promotion. Faites-vous une idée en lisant l'annuaire "Audace" publié au Calcre par Roger Gaillard, et en interrogeant directement vos libraires préférés. En résumé : pour faire le choix entre auto-édition et compte d'auteur, raisonnez par rapport à l'auto-édition, autrement dit par rapport à la situation où vous vous occuperiez de tout. Faites-vous une opinion sur les services que chaque maison s'engagerait à vous rendre (autrement dit, de quoi elle vous soulagerait), et demandez-vous si le prix en vaut la chandelle. Rappelez-vous surtout que de vous lancer dans une démarche d'auto-édition ou d'édition à compte d'auteur, si la perte des sommes que vous devez engager rendait difficile votre existence, ou celle des personnes dont vous avez la charge. Ne vous rendez pas ridicule : dans ce cas, en attendant mieux, publiez sur Internet comme tout le monde ! |
La mise en forme du texte est, pour qu'il ressemble vraiment à un livre, un travail considérable. Vous allez y passer un temps fou et solliciterez peut-être l'aide de vos proches. Ceux-ci vous aideront ainsi à garder l'autre demi-voiture que vous auriez dû céder au professionnel qui aurait fait le travail bien mieux et plus vite que vous.
Il est vrai que certains aspects ne peuvent être traités que par vous-même. En effet, pour qu'un livre puisse vous satisfaire et être considéré comme un livre par les spécialistes en livres, il doit être homogène et cohérent sur un nombre important de plans. Sinon, le précieux message que vous avez à délivrer sera troublé ou effacé par du bruit informationnel. Cette homogénéité et cette cohérence concernent entre autres :
le niveau de détail de votre propos
le point de vue narratif adopté (ou construit par vous)
la manière d'articuler les idées
la grammaire et l'orthographe
le style : temps, niveau de langage, traitement anaphorique, etc..
la logique du découpage en paragraphes
le vocabulaire, avec en particulier la définition précise des concepts et l'introduction progressive et articulée des mots spécifiques
la fréquence et l'utilisation des exemples
la forme, la fréquence et le contenu des informations empruntées à diverses sources extérieures (sous forme de citations, par exemple)
le contenu des notes de bas de page
les polices de caractère, et l'utilisation des styles gras, italique, souligné
la mise en pages
la numérotation des pages, et la forme des en-têtes et pieds de pages
l'organisation des illustrations : fréquence, clefs d'interprétation, rôle par rapport au texte, numérotation, etc...
le support informatique des différentes parties du texte
les droits de publication de certains éléments appartenant à d'autres personnes (textes, illustrations, etc.). En particulier, si vous utilisez des images en provenance de bibliothèques, vous devrez vous acquitter de droits non négligeables, par exemple 120 € pour une page issue de la BNF. En revanche certaines bibliothèques ne vous demanderont rien, pourvu que l'origine des images soit clairement indiquée dans votre ouvrage. C'est le cas de la Bibliothèque de Grenoble (merci à Pascal Beyls pour ces informations).
Les corrections sont un travail inhumain, aussi bien pour vous que pour les personnes de votre entourage qui veulent bien vous y aider. Reprendre un texte brut après quelques semaines ou quelques mois est souvent un calvaire. Il convient donc de bien s'organiser, pour souffrir (il s'agit bien de cela) le moins possible. Vous pouvez par exemple considérer qu'entre la version brute du texte (en chinois) et la version qui peut être imprimée (en français), vous avez à opérer plusieurs traductions. Vous passez du chinois au javanais, du javanais au russe, du russe à l'allemand et de l'allemand au français (si vous écrivez en chinois, il vous suffit d'inverser les langues évoquées à l'instant). Vous créez alors un tableau que vous tiendrez à jour pendant toute la phase de correction. Les colonnes sont consacrées aux différentes langues. Et les lignes, aux différents chapitres de votre livre. Après la traduction d'un chapitre d'une langue dans une autre vous placez dans le tableau, à l'endroit qui va bien, une soulageante... date. Ce geste vous redonnera un peu de force pour en continuer le chemin. Je vous conseille aussi de lire votre texte à haute voix le plus tôt possible, afin de vous contraindre à ne pas le survoler seulement. Vous éviterez ainsi le passage par plusieurs langues intermédiaires.
Parallèlement à la mise en forme du livre, il vous faut devenir officiellement EDITEUR. En France en tout cas, c'est très simple. Il vous suffit de vous adresser à l'Agence Francophone pour la Numérotation Internationale du Livre (AFNIL). Ecrivez au 35, rue Grégoire de Tours, 75006 Paris. On vous enverra rapidement et gratuitement quelques "numéros ISBN". Ceux-ci seront les pédigrees de vos prochains livres. Tout vous sera d'ailleurs expliqué dans un petit fascicule très bien fait. Dans l'intervalle, vous pouvez consulter le guide de la bibliothèque du Canada. Vous choisirez ensuite l'un des numéros ISBN pour immatriculer votre oeuvre. Ce numéro vous permettra par ailleurs de créer le code-barre que vous placerez au dos de la couverture, afin de faciliter le travail des libraires qui vendront votre livre. C'est le numéro EAN fourni conjointement avec le numéro ISBN qui vous permettra de créer le code-barre dans un logiciel tel que BARCODEX.
La mise en forme du livre est également le moment de créer votre site WEB : après l'impression, il sera évidemment trop tard pour écrire l'URL (l'adresse qui commence par 'www.') sur chaque exemplaire. L'idéal est évidemment de créer votre propre nom de domaine. Vous avez le choix entre créer un '.fr', un '.com' ou un '.net'. Rappelez-vous que symboliquement parlant, coller '.com' à la fin de son URL ne présente pas que des avantages, surtout si vous présentez ensuite sur votre site une production non commerciale. Je ne vous conseille pas non plus de choisir un URL qui contient votre propre nom, afin de ne pas vous dégoûter de vous-même en le voyant apparaître sept fois sur chaque lettre que vous envoyez.
Pour ne pas infliger de bandeaux publicitaires aux visiteurs de votre site, faites héberger celui-ce par une entreprise spécialisée (environ 8 € par mois). Elle pourra aussi obtenir pour vous l'URL, et vous faire payer ensuite l'abonnement correspondant (environ 15 € par an). La mise en place du dispositif ne devra pas coûter plus de 30 € une fois pour toutes (refusez les abonnements) : il ne s'agit que de changer trois bricoles dans la mémoire d'un ordinateur, puis de cliquer sur 'OK'. Vérifiez aussi que vous aurez accès aux statistiques de fréquentation de votre site. Elles vous permettront d'apprécier l'efficacité des démarches de promotion de votre livre (vous prendrez évidemment le soin de déduire vos propres consultations, qui constitueront dans un premier temps l'essentiel du trafic).
En fait, il est
judicieux que le nom de l'URL soit celui de l'entreprise que vous
allez peut-être créer pour commercialiser le livre. Mais
ce nom ne doit pas correspondre à une marque déjà
déposée. Voilà un nouveau problème bien
compliqué, car presque tout a déjà été
déposé en tant que marque,
même dans le domaine restreint de l'édition. A ce sujet,
après bien des vicissitudes, un sympathique employé de
l'INPI (l'institut national de la propriété
industrielle) m'a fait oublier l'une de ses collègues-pitbull
(elle se contentait de me fournir la liste des avocats spécialisés
en propriété industrielle en me disant explicitement
que je la gonflais - elle avait oublié que si elle était
payée par nous autres citoyens c'est pour assurer un service
public). Lui m'a conseillé d'inventer
un nom radicalement neuf (ne sommes-nous pas des créateurs
de verbe ?), de ne pas le déposer en tant que marque (environ
300 € sans garantie de succès), mais de faire une
déposition officielle à la chambre de commerce (environ
60 €) pour donner ce nom à l'entreprise. Il ne s'agit pas
d'une véritable protection du nom, à ceci prêt
que l'on ne peut pas vous empêcher de l'utiliser dans votre
région si vous êtes le premier à le faire.
|
L'URL était évidemment libre, toutes les opérations furent effectuées en un après-midi. Les Éditions du Schèmectif étaient nées. Celles dont vous êtes, en ce moment même, l'obligé(e). Ce n'est que plus tard que j'ai déposé la marque, afin de protéger le logo tout neuf. Une merveille, n'est-il pas ? |
|
Vous avez donc décidé de faire imprimer X exemplaires de votre livre. Le moment est venu de penser "technique", et de suivre votre texte après son envol depuis votre disque dur.
La technique OFSET est conseillée pour un nombre d'exemplaires allant de 400 à 1800 environ. Il vous faudra aussi produire des fichiers PDF ou POSTCRIPT si vous choisissez une autre technique : technique numérique jusqu'à 400 exemplaires, technique Cameron à partir de 1800 exemplaires (merci à François Baudez pour ces informations).
Prenons l'exemple de la technique OFSET. Une fois terminé, un exemplaire de votre livre se présentera sous la forme d'un ensemble de cahiers accolés les uns aux autres. Chaque cahier sera le résultat du pliage d'une grande feuille. Celle-ci contiendra plusieurs de vos pages imprimées (8 ou 16 par exemple, les unes à côté des autres, et en recto-verso). Ces grandes feuilles auront été produites à partir de votre fichier de départ. Pour cela, le texte aura d'abord été imprimé sur deux films photo transparents (associés respectivement au recto et au verso de la grande feuille). Cette opération est appelée le 'flashage'. Le film sert alors à graver une 'plaque OFSET', encrée ensuite à chaque tour de rotative. Le miracle se produira lorsque la plaque sera mise en contact avec le papier : flatté de perdre sa virginité pour absorber un souffle de votre âme, celui-ci se couvrira d'encre.
==> Vous pourrez réaliser des économies en réalisant vous-même des films au format A4 (merci à Georges Desplat pour cette information). Pour cela, vous utiliserez des films transparents standard de rétroprojection, que vous imprimerez grâce à une imprimante dont la résolution sera au minimum 600 dpi. Dans tous les cas, vous y perdrez en netteté par rapport à un flashage professionnel, surtout sur les photos de votre livre. Pour minimiser cette perte, l'impression sur les transparents devra être réalisée "en miroir", ce que les drivers d'impression "POSTCRIPT" permettent. C'est alors la face encrée qui sera appliquée directement sur la plaque d'offset. En effet, si la face encrée était la plaque supérieure du transparent (l'impression étant alors réalisée non en miroir, mais normalement), l'épaisseur du film réduirait notablement la netteté du résultat final. Dans le cas d'une impression couleur, vous pourrez procéder de la sorte seulement si votre informatique vous permet de décomposer les couleurs, et d'imprimer quatre films correspondant chacun à une couleur élémentaire. Ce sera plus facile à partir d'un Mac que d'un PC. Dans tous les cas, vous devrez vérifier que votre imprimeur peut traiter les transparents que vous lui fournirez, il faudra aussi vous entendre avec lui sur la mise en place de ces joyeuses 'hirondelles' qui délimiteront les pages et serviront ensuite de références de calage.
Une fois les films obtenus, quelques jours suffisent à une imprimerie bien organisée pour produire les X exemplaires de votre livre. Le problème principal aura finalement été la réalisation des films à partir de vos fichiers PDF ou POSTCRIPT (par exemple un fichier par cahier).
Le format PDF est répandu maintenant, encore faut-il que vous possédiez l'outil pour le produire à partir de votre logiciel. Merveilleux : la fantastique suite bureautique gratuite openoffice le permet. Sinon passez par le format POSTCRIPT, qui peut servir de passerelle dans tous les cas. Installez donc un driver d'impression ad hoc. Celui de la Linotronic 930 (version v52.3 par exemple) est conseillé. Grâce à ce driver, vous imprimez non sur une imprimante, mais dans un fichier (au format POSTCRIPT, donc). Pour réussir ce prodige, au moment de l'installation de l'imprimante (virtuelle), redirigez les sorties vers un fichier (FILE) plutôt que vers le port parallèle (LPT1). Sinon, au moment de l'impression, cochez joyeusement la petite case "imprimer dans un fichier" de la fenêtre d'impression. Dans les paramètres d'impression, choisissez l'option 'optimiser pour vitesse' (l'option 'portabilité' génère des traits intempestifs capables de traverser toute une page !). Évidemment, avant l'impression, vous aurez pris soin de : 1) convertir votre document au format final du livre (grâce à un format personnalisé défini dans la boîte de dialogue 'mise en page') ; 2) mettre à jour les liaisons dynamiques si votre texte en comporte. Au préalable, vous aurez désactivé les modifications automatiques effectuées par votre logiciel, y compris la suppression des lignes veuves.
La production des fichiers POSTCRIPT de mon premier livre fut laborieuse. Malgré mes efforts, je n'ai livré les fichiers à l'imprimerie qu'une semaine a...près la date sur laquelle nous nous étions entendus initialement. Pourquoi? J'avais découvert sur le tard le merveilleux logiciel ghostview. Celui-ci permet de visualiser à l'écran un fichier POSTCRIPT, tel qu'il serait imprimé ou flashé. Si votre imprimeur est accroc au format PDF, ghostview vous permettra aussi d'en produire à partir des fichiers POSTCRIPT (de même qu'Acrobat Distiller, qui est payant et dont la version 4 est conseillée par François Baudez). Ghostview m'a plutôt permis de détecter que des figures n'apparaissaient pas dans un fichier, et donc de le corriger avant transmission à l'imprimerie. Cela se produisait une fois sur deux en moyenne. S'il y avait une raison, je ne l'ai jamais comprise. Les mystères de l'informatique...
Heureusement, la plupart des couacs peuvent être détectés lors des cérémonies du 'bon à tirer'. Avant les films d'impression (qui coûtent cher), l'imprimerie réalise en effet une sortie papier sur un traceur (une imprimante qui permet de sortir de grandes feuilles). Une maquette du livre est alors réalisée, et on vous demande de vérifier tous les cahiers. Vous y indiquez les corrections à effectuer, avant de les signer un par un. C'est l'ensemble des cahiers signés qui est appelé le 'bon à tirer'. Il représente un engagement de votre part, de ne pas en vouloir à l'imprimerie si le livre est conforme aux cahiers corrigés. En cas de litige, le 'bon à tirer' signé serait présenté devant les tribunaux.
Mais tout n'est pas toujours si simple. Tenez, par exemple... Le logiciel que j'ai utilisé pour réaliser les schémas du livre crée par défaut des traits 'fins'. Fin, cela veut dire le plus fin possible pour l'imprimante considérée. Sur les imprimantes classiques, et en l'occurrence sur celle qui a produit les bons à tirer, rien à redire. Mais la flasheuse travaille à 2400 points par pouce. Du travail de ver à soie. Un trait fin est si fin fin fin qu'il en devient quasi invisible. Il m'a donc fallu reprendre tous les dessins un par un. Non seulement ce fut très long, mais il resta des traits trop fins dans les fichiers finaux. Donc dans les livres. Qu'aurait jugé un juge à ce sujet ? Je n'en sais justement rien, je n'ai pas jugé judicieux de faire jauger le préjudice par la Justice.
Le premier exemplaire : "Si j'en juge au bonheur que je ressens d'avoir enfin le livre entre les mains, mon engagement dans cette civilisation virtuelle et multicommunicationnelle me permet de garder une certaine complicité avec la matière."
Un peu plus tard : "Zut, il y a un trait trop fin à la page 45. Il est donc trop fin dans les X exemplaires entassés dans le salon - à l'endroit précis où se trouvait hier le petit guéridon !".
Quel que soit votre état d'esprit, n'oubliez pas de procéder au dépôt légal. En France, vous enverrez quatre exemplaires à la BNF, deux dans votre bibliothèque régionale (facultatif), et un dernier au Ministère de l'Intérieur (qui vérifiera que vous n'êtes pas en train de préparer un coup d'état). Si votre tirage est inférieur à 300 exemplaires, vous pouvez ne déposer qu'un seul exemplaire à la BNF (merci à Pascal Beyls pour cette information). N'affranchissez aucun de vos envois, il s'agit de l'un des derniers cas de franchise postale.
Si vous avez choisi l'édition personnelle, c'est-à-dire de distribuer le livre seulement à vos amis, votre travail est terminé après la distribution. Bravo !
Sinon, le moment est venu de basculer dans une logique de commercialisation. En fait, vous serez peut-être étonné de constater combien rapidement vous laissez derrière vous un état d'esprit d'écrivain dont vous étiez imprégné depuis plusieurs années. Pourtant la vente est un métier à part entière, et vous la pratiquerez comme novice, au moins au début. C'est pourquoi mille questions pourraient être abordées ici. Limitons-nous à cinq d'entre elles : votre état d'esprit, la promotion de votre livre, ses modes de commercialisation, le respect de la législation française, la gestion des commandes.
Votre état d'esprit est, de loin, le point le plus important. Il est le moteur de votre démarche de vente. Si vous avez confiance en votre livre (et un peu en vous), vous réussirez à vous organiser et à faire ce qu'il faut. Sinon, vous serez tenté de repousser sans cesse au lendemain la moindre petite tâche à entreprendre. Vos interlocuteurs ressentiront instantanément que vous n'y croyez pas vous-même.
Évidemment, vous n'êtes pas réellement maître de votre état d'esprit. Vous êtes loin d'être un vendeur professionnel, rompu à des techniques d'influence et de suggestion qui permettent de vendre n'importe quoi à n'importe qui. Je me souviens d'une société qui était venue faire la démonstration d'un matériel informatique dans le laboratoire où je travaillais. L'un des visiteurs était là uniquement pour sussurer à nos oreilles, alors que nous étions attentifs au discours d'une superbe démonstratrice, des mots tels que : "puissance", "compatibilité", "fiabilité". Heureusement, vous ne pourrez jamais vous y prendre de la sorte : que vous le vouliez ou non, vous resterez intimement lié à un texte dont vous êtes l'auteur. Vous ne pourrez donc pas tromper votre client sans vous mépriser profondément vous-même.
Voilà pourquoi je me suis permis de vous donner plus haut le conseil, qui sur le moment pouvait paraître ésotérique à votre âme naturellement pure, d'être parfaitement honnête avec vous-même lors de l'écriture du livre. En effet, toute lâcheté à ce moment-là devra être assumée par la suite, car ce qui est écrit est écrit. Surtout quand c'est imprimé.
La phase de
commercialisation sera le moment, aussi, de vous rappeler que vous
avez décidé de prendre le risque
qu'aucun éditeur n'avait jugé bon de prendre. Or,
prendre un risque suppose d'accepter éventuellement de perdre.
N'avez vous donc pas à considérer tout ce qu'on vous
offre comme pur bonheur, jusqu'aux critiques de votre texte
(d'ailleurs rares) qui vous permettent de progresser dans votre
réflexion ? D'ailleurs, si vous souffriez trop du manque de
succès provisoire de votre livre, ne serait-ce parce que votre
démarche créatrice était biaisée dès
le début par un désir trop fort de mise en valeur
personnelle ? Le livre n'aurait-il pas été, depuis le
début, qu'un instrument de l'élévation de votre
Grandeur
? Vous seriez-vous laissé(e) piéger par cette société
du loft, inculquant à chacun qu'il doit 'réussir' sa
vie en devenant important aux yeux des autres ? Pour obéir à
cette injonction, votre inconscient ne chercherait-il pas à
sur-mobiliser une fibre littéraire pas encore à la
hauteur de celle de Proust ? Douloureuses questions... Auxquelles il
est important de répondre honnêtement, pour éviter
des déboires ultérieurs ou pour aborder mieux les
nombreux choix.
La promotion de votre livre |
Fameux
dossier de presse tu constitueras, |
Quand il sortira de l'imprimerie, votre livre sera dans la même situation qu'une botte d'herbe sèche perdue dans la forêt profonde. Il vous faudra donc le faire connaître, autrement dit le promouvoir. Pour ce qui était de l'écrire, de le corriger, d'organiser sa publication, de choisir le nombre d'exemplaires à faire imprimer, vous avez trouvé de l'aide et des conseils auprès de vos proches.Vous en trouverez là aussi. Pourtant, ce sera à nouveau à vous de trouver le punch nécessaire pour mener les démarches et prendre les décisions. Autrement dit, si vous ne prenez pas réellement la promotion du livre en main, personne ne le fera à votre place.
Mais la promotion d'un livre auto-édité est un problème fort compliqué, quasi-insoluble, pour une myriade de raisons :
un éditeur qui veut garder son pignon (sur rue) ne peut certes pas faire passer une vessie [un livre médiocre d'un(e) de ses protégé(e)s] pour une lanterne [un chef-d'oeuvre absolu]. Mais on ne lui en voudra pas s'il édulcore sa vision en employant des slogans charmeurs ou en surfant sur les vaguelettes de l'actualité. Chacun sait que son boulot consiste à tenter de valoriser son fonds par tout les moyens. Psychologiquement parlant, c'est assez facile pour lui : il ne parle pas de sa propre production, il peut travestir un peu la réalité sans mettre en jeu son identité profonde. En revanche, vous ne serez jamais un tiers pour vous-même, voilà le problème de fond.
la promotion du livre sera souvent indissociable de votre propre mise en avant. Si c'était là que vous vouliez en venir (ce qui n'est pas illégitime), vous allez vous éclater (que cela se passe comme vous voulez ou non, d'ailleurs). Sinon, attendez-vous à des affres morales dont vous sortirez probablement grandi(e).
vous ne disposez pas d'un centième des moyens dont dispose un éditeur ayant pignon sur rue pour mettre en avant ses 'produits'. Pas de catalogue attendu par les libraires, pas de relations établies avec les média, pas de marque qui inspire la confiance quelle que soit la valeur de la camelote, pas de comité de lecture qui aura légitimé vos écrits, pas de distributeurs qui relaient l'information, votre livre dont la maquette n'est pas au top, l'imprimerie qui vous a blousé sur le papier (??), etc..
|
Il est donc peu probable que vous puissiez donner à votre livre un rayonnement à la hauteur de sa valeur réelle. Comme rappelé à l'instant, un éditeur ayant pignon sur rue a les moyens de donner à certains livres un rayonnement allant bien au-delà, le temps d'en vendre quelques milliers ou dizaines de milliers au moins. En ce qui vous concerne, quels que soient vos efforts, votre charisme, vos relations et les dispositions de la chance à votre égard, sauf exception vous n'atteindrez qu'un rayonnement compris entre 0,7% et 32,4 % de la valeur réelle. (Sauf si votre livre est radicalement mauvais, auquel cas la lecture de votre papa, de votre maman et de quelques intrépides amis fera passer ce rayonnement à 250 % de ladite valeur réelle, mais j'ai une bonne raison de ne pas croire que cela puisse vous concerner) |
Une définition de la 'valeur réelle' est proposée ici : le rayonnement qu'aurait le livre, si tous les livres étaient promus avec des moyens strictement identiques, égaux à la moyenne des moyens consentis par les dix plus grands éditeurs pour promouvoir leurs livres. Note : Bien qu'elle apporte un éclairage, cette définition est problématique parce que la vente des livres dépend beaucoup de mouvements d'opinion (sur lesquels les grands éditeurs ont, dans une certaine mesure, prise, contrairement à nous). On notera aussi que cette définition s'ancre dans des valeurs sociales contemporaines, et ne cherche pas à qualifier une éventuelle valeur absolue (hors temps et hors contexte) de l'oeuvre. Il vaut mieux. |
|
A méditer : ce texte de Lucien Sfez qui évoque non la promotion d'un livre mais celle d'une innovation technique. Il ne s'agit pas de le mettre en application, mais de comprendre la dynamique de promotion de certaines 'nouveautés'. "Trouver l'occasion (en temps et en lieu), la voix, le nom, le renom, l'autorité qui sauront la faire passer, les médiatisations indispensables, la rhétorique destinée à la soutenir, telles sont les tâches indispensables à l'insertion de l'innovation dans le monde [...]. Il faut faire entrer ces éléments de "publication" liée au "piston", certes indispensables, dans un processus largement plus complexe, aux ramifications plus nombreuses et dont l'étude est fort délicate : je veux parler du système de décision - ou de décisions, au pluriel -, système qui ressortit à la multirationalité, à la lecture surcodante de plusieurs domaines voisins et à l'inscription dans une surface de sens qui soit commune aux systèmes et sous-systèmes concernés, et pour laquelle il faut, là aussi, inventer un nouveau langage". Lucien Sfez, Technologie et Idéologie, Seuil, 2002. |
Le moment est venu de passer à des considérations pratiques. Promouvoir, oui ! Mais où, et comment ?
Promouvoir, c'est faire connaître votre travail à d'autres, jusqu'à leur donner envie d'acheter le livre. Mais comment convaincre vous-même plusieurs centaines de personnes jusqu'à écouler votre stock ? Allez-vous faire du porte à porte, prendre place au marché de votre village, téléphoner à tout l'annuaire ? Peut-être, sans doute pas. En tous cas, vous avez à inventer la promotion de votre livre, comme vous avez créé, il y a fort longtemps déjà, votre texte. Peut-être aurez-vous même à la réinventer plusieurs fois, cette promotion, en essayant à chaque fois de dépasser les maladresses précédentes. Car vous avez au moins cette chance : vous pouvez 'lancer' votre livre plusieurs fois. Vous ne vivrez donc pas ce que vit celui qui, placé sous l'aile protectrice mais impatiente d'un éditeur ayant pignon sur rue, voit les exemplaires partir au pilon après quelques mois d'un unique lancement raté.
Pour passer enfin dans
la concrétude,
voici des suggestions de pistes promotionnelles :
|
Mode de promotion |
Avis sur l'efficacité |
Commentaires |
|
Exposition dans les librairies |
Il ne faut pas fantasmer là-dessus. Un certain livre, dont je ne suis pas mécontent de la couverture, a été exposé en bonne place dans des librairies spécialisées fort bien fréquentées. Mais il semble que peu d'exemplaires aient été vendus pour cette seule raison. |
Les librairies Edouard Leclerc s'ouvrent aux auteurs locaux (merci à François Baudez pour cette information). |
|
Annonce dans le périodique d'un libraire |
La présentation de votre livre dans le périodique qu'un libraire distribue à ses clients est beaucoup plus efficace que l'exposition dans la librairie, car cette présentation engage la confiance dont le libraire bénéficie auprès de ses clients. |
|
|
Annonce au public, par la presse écrite ou audiovisuelle |
Les annonces dans la presse écrite nationale se sont avérées efficaces, à hauteur de quelques exemplaires à quelques dizaines d'exemplaires. |
Dans votre demande envers le
rédacteur, qui selon mon expérience vous recevra
fort courtoisement,
n'oubliez pas : |
|
Annonce sur les news d'Internet |
La moindre annonce sur les news vaut plusieurs visites sur le site, mais cela n'a pas nécessairement beaucoup d'effets en termes de commandes. |
Précisions offertes par Julien et DroitDuNet.fr concernant la légitimité à annoncer la parution d'un ouvrage sur les news : veuillez cliquer ici. |
|
Présentation sur votre site Web |
Votre site Web sera un excellent relais d'information, que les clients consulteront avant de se procurer l'ouvrage. Attendez-vous toutefois à ce qu'ils le fassent par un biais différent : la proportion de livres que j'ai vendus par un bon de commande imprimé depuis le Web est très faible. |
- N'oubliez pas d'inscrire
votre site sur les moteurs de recherche du web. |
|
Ecriture d'un article sur le sujet du livre, l'article renvoyant vers le livre |
Efficacité directe quasi nulle (basé sur ma seule expérience). |
Peut-être parce que les lecteurs estiment en apprendre suffisamment à travers l'article ? |
|
Inscription dans les bases de références |
Les libraires travaillent à partir de bases de données qui contiennent les références de la plupart des livres en vente. La base la plus connue est la base Electre. Elle acceptera l'enristrement de votre livre à partir d'un tirage de 1000. |
Il existe d'autres bases : Dilicom (gratuit jusqu'à deux livres). La base de la FNAC ( François Baudez nous apprend qu'elle ne référencera pas votre livre si nous n'êtes pas inscrit au registre du commerce, cf. plus loin). Les bases des librairies virtuelles telles que www.bn.com,www.chapitre.com, www.amazon.fr |
|
Annonce auprès des bibliothèques |
Les bibliothèques clientes, en proposant votre livre, en feront implicitement la promotion. |
|
|
Promotion directe dans les milieux de lecteurs potentiellement concernés |
Il s'agit de prévenir les personnes directement intéressées par votre livre, sous forme d'un mailing, par des annonces téléphoniques ou à l'occasion d'une rencontre. |
Selon ce qui s'apprend dans les écoles de commerce et selon mon expérience, un mailing qui conduit à 10 % de ventes est une grande réussite. Mais n'est-il pas particulièrement important que les personnes directement concernées aient connaissance de l'existence de votre ouvrage ? |
|
Dépôt de prospectus |
Si vous souhaitez participer à l'expérience que je démarre sur le sujet, merci. Pour cela, après l'avoir imprimée en couleur recto-verso (reliure sur la largeur) et après l'avoir pliée en trois, merci de diffuser largement cette plaquette (au format pdf). |
Le pliage et la distribution des exemplaires de la plaquette fera le plus grand bien à vous qui êtes si centré sur l'intellectuel, ces temps-ci. |
|
Tenue de conférences |
Si le contenu de votre livre s'y prête, les conférences sont une excellente occasion de faire connaître votre travail, votre livre, et de rencontrer des gens qui vous apporteront beaucoup par leurs questions et leurs commentaires. |
Pas facile, à la fin de la conférence, d'annoncer à votre public que vous avez sous la table 20 livres à vendre. Une solution : demander aux organisateurs de se charger de la vente, et leur accorder 30% de remise comme aux libraires. |
|
Standing dans les salons du livre |
Faible, sauf pour les écrivains renommés. |
Expérience très enrichissante, en particulier en ce qu'elle approfondit la compréhension du monde du livre. Les relations sur le stand du libraires qui vous accueille seront probablement chaleureuses. Les écrivains s'achètent leurs livres les uns aux autres, au grand bénéfice du libraire. |
|
Obtention d'un prix |
Selon ce qui se dit, les retombées sont fortes dans le cas des prix les plus connus. |
Pourquoi pas votre oeuvre ? N'attendez pas, en tout cas, qu'on vienne vous prier de soumettre votre livre. Attention aux dates limites de soumission, qui sont souvent proches de la date de publication. |
Comme vous le constatez, dans la plupart des cas vous ne faites pas vous-même la promotion de votre livre. Vous allez certes inciter directement certaines personnes à l'acheter. Mais il est rare que ces personnes deviennent spontanément, en plus, vos représentantes de commerce. Peut-être conseilleront-elles votre lecture à l'un de leurs propres proches, mais ce sera souvent en offrant de prêter leur exemplaire. C'est donc à d'autres tiers - par exemple des journalistes - que vous demanderez de faire la promotion du livre. Vous espérerez alors un effet 'boule de neige'. Dans une certaines mesure, celui-ci aura bien lieu : certains parleront du livre pour la seule raison qu'ils auront appris que d'autres en ont parlé favorablement. Il faudra pourtant accepter l'essoufflement, dans les arcanes de l'opinion, de cet effet démultiplicateur. On ne parlera pas de votre livre le jour de Pâques, au micro de la place Saint-Pierre de Rome. Jamais, non, certainement. Pas de celui-là, en tout cas.
Organisez-vous aussi pour décrire dans une base tous les contacts que vous avez pris : gardez les coordonnées de tous vos interlocuteurs (y compris les clients), mémorisez ce que vous leur avez envoyé et à quelle date, planifiez la prochaine prise de contact. Cette base de données de vos clients et clients potentiels sera, si elle est bien structurée et soigneusement tenue à jour, la plaque tournante de votre activité de promotion. Vous pourriez la gérer avec un cahier et un crayon, mais pourquoi ne pas vous offrir plutôt dix jours de formation au maniement des bases de données, aux frais de votre toute nouvelle maison d'éditions ? Quoi qu'il en soit, il serait bon que la gestion de cette base de données vous incite à travailler en profondeur, à tisser des liens avec des personnes directement concernées par votre sujet. Cela sera finalement la meilleure façon de promouvoir votre livre puisque les grands effets médiatiques et les phénomènes d'image ne sont pas, comme relevé plus haut, à votre portée. Et vous serez ainsi incité à poursuivre un véritable travail intellectuel de fond. Votre livre est-il autre chose qu'une trace de votre engagement profond dans l'existence ?
Cela dit, n'oubliez pas
que si vous faites la promotion de votre livre, c'est dans la
perspective de le vendre. A chaque fois, réfléchissez
donc à offrir à vos interlocuteurs des moyens directs
pour se le procurer. La lettre sur laquelle est indiqué en
petits caractères que dans tel journal on trouve l'adresse web
du site où est caché un bon de commande en trois pages
qu'il faut envoyer en recommandé à une adresse
provisoire : pas glop pas glop, évidemment.
|
Rappelez vous aussi que dans les magazines, les livres sont souvent évoqués par le nom de la maison d'éditions suivi du nom de ville. Pensez donc à faire transformer votre ligne téléphonique personnelle en ligne professionnelle, au nom de votre maison d'éditions. C'est gratuit en France, et on vous retrouvera depuis le fin fond de la planète grâce aux pages jaunes d'Internet en particulier. Inconvénient majeur : vous ne paraîtrez plus à l'annuaire (papier ou électronique) à titre personnel. |
Je vous conseillerais volontiers, aussi, de demander en France qu'un lien soit tissé entre les pages jaunes Internet. Mais en 2003 France Télécom faisait payer ce service Un service public, France Télécom ? Certainement pas, sur ce point en tout cas. Car ce n'est pas le véritable coût de la prestation (15 euros une fois pour toutes, grand maximum) qui vous est facturé. Il s'agit d'un prix basé sur une maximisation des gains pour France Télécom, qui table sur le fait que l'utilisateur moyen considérera, malgré le caractère surréaliste de la somme, que c'est rentable pour lui. Comme cet utilisateur moyen est une société disposant de bien plus de moyens que les nôtres... |
Profiter de la multiplicité des débouchés vous demandera pas mal de travail. J'évoquerai ici la vente directe, la vente par l'intermédiaire des libraires (humains et virtuels), et la vente par correspondance.
La vente directe
Je souhaite que votre livre soit rapidement connu de bouche à oreille. Vous démarcherez néanmoins les personnes et les organismes susceptibles de porter un réel intérêt à votre travail. N'hésitez pas. Si vous ciblez bien vos interlocuteurs, ils seront réellement intéressés par ce que vous avez fait, ne serait-ce que pour s'assurer que cela ne les intéresse vraiment pas.
On s'adressera aussi directement à vous
pour obtenir un ou plusieurs exemplaires de votre livre. De temps en
temps, le client vous laissera entendre qu'étant donné
la profondeur des liens qui vous unissent, il est évident que
vous allez le lui offrir. Face à cette double contrainte
qu'on vous impose (vous ne pourrez pas vraiment dire oui et pas
vraiment dire non), vous serez déstabilisé. Mais
résistez vaillamment. Ce total manque de respect pour la
personne, l'auteur et l'éditeur que vous êtes ne mérite
aucune récompense. D'ailleurs, si vous aviez été
édité par un éditeur ayant pignon sur rue, vous
n'auriez reçu qu'une dizaine de vos livres au plus, et il
n'en serait resté aucun au moment où le rapace serait
arrivé. Soyez donc vaillant, même si plusieurs
centaines de livres sont devant vous dans le salon, et même si
vous doutez d'en vendre le tiers. Quelqu'un a été
jusqu'à me nommer bibliothécaire en emportant un
livre. Celui-ci m'a effectivement été rendu, mais cela
m'a blessé d'autant plus... qu'il n'avait pas été
lu. Il est vrai que j'étais responsable de la situation, dans
la mesure où c'est moi qui avait parlé de l'ouvrage en
étant plutôt content de le mettre en avant. En espérant
une commande, sans doute ? Là est toute l'ambiguïté.
Mais l'on parvient petit à petit à définir une
"philo" basée sur des critères clairs, qui
permet de promouvoir et/ou d'offrir le livre quand on en a vraiment
envie. Quoi qu'il en soit, le savoir-vivre de la plupart de vos
interlocuteurs les conduira à éliminer spontanément
toute ambiguïté. Ils voudront le livre, et seront prêts
à donner pour cela une somme qui restera toujours modeste par
rapport aux efforts que vous aurez investis dans la démarche.
Ou bien ils ne le voudront pas, mais sauront en parler sans
ambiguïté.
don non donné n'est pas bon don
La vente par l'intermédiaire d'un libraire traditionnel
Les libraires traditionnels seront souvent favorables à la vente de votre livre. Ceci par conviction, pour encourager la création ou pour offrir à leurs clients des oeuvres plus originales que celles que sortent les grandes maisons. Dans la définition de votre stratégie commerciale (concept qui, dans mon cas, a commencé à signifier quelque chose au bout d'un an), pensez que si les libraires traditionnels aiment vraiment les livres, il est peut-être judicieux que vous-même et votre livre aimiez les libraires traditionnels. Non pour des raisons économiques, mais symboliques. En effet, tant que le livre restera un objet matériel, les libraires traditionnels, qui parlent vraiment aux lecteurs et aux écrivains (avec leurs bouches et leurs oreilles dans la réalité réelle), seront à une place privilégiée pour raisonner au niveau du contenu du livre. Autrement dit ils ne le considèreront pas comme une chose sans âme, susceptible seulement de générer du profit et de la rentabilité. Ce faisant, ils contribueront à garder à l'écriture son inscription profonde dans la réalité, et éviteront toute divergence et tout appauvrissement artistique que peut produire la dictature d'un audimat. (Merci pour tout avis sur cet avis).
Vous serez donc heureux d'accorder à ces libraires une remise de 30% au moins, ça ne sert absolument à rien de mégoter là-dessus. Vous pourrez aussi leur facturer tout ou partie des frais de port (en ce qui me concerne, après avoir fait de savants calculs, j'ai décidé d'appliquer un PAFP forfaitaire de 2,2 euros).
Vous devez savoir qu'au début surtout, les libraires accepteront plutôt la formule du dépôt-vente. Vous leur amènerez donc les livres, et ils vous en accuseront réception par écrit. Passé une date dont vous déciderez avec eux, ils vous rendront les invendus et vous paieront les autres. En cas de renouvellement du stock intermédiaire, vous facturerez les livres au fur et à mesure de leur envoi. C'est certainement la solution la plus simple du point de vue de la gestion, pourvu que les premiers livres soient pris (et éventuellement replacés) dans un carton spécial, les suivants étant pris dans la continuité de ceux vendus par d'autres moyens. Les premiers livres seront alors facturés (ou récupérés) à la fin de l'opération seulement. Quoi qu'il en soit, l'usage de cette délicate formule du dépôt-vente ne doit pas vous miner le moral. Parmi les centaines de milliers de titres, il en est finalement très peu dont un libraire possède plusieurs exemplaires déjà payés en stock. Alors il faut bien comprendre que le vôtre, qui a tout de même peu de chance d'être immensément connu tout de suite, ne soit pas l'un de ces titres. Un inconvénient majeur tout de même : la plupart des livres qui vous seront rendus ne pourront plus passer pour des livres neufs.
La vente par correspondance
La vente par correspondance suppose que vous fassiez la promotion de votre livre via un ou plusieurs médias accessibles par vos futurs lecteurs. Or nous avons une chance inouïe, nous autres auto-éditeurs, d'exercer notre activité quelques années seulement après le lancement d'Internet. Sur votre site, vous proposerez une description de votre livre que vous affinerez en fonction de votre expérience. Vous présenterez aussi à l'internaute la procédure pour commander le livre.
Cette vente par correspondance suppose que vous ayiez préalablement répondu à une question importante : à quelle valeur la participation aux frais de port doit-elle être fixée? Ils ne devront en tous cas pas être trop importants. Sinon, vos futurs lecteurs se décourageront. Personnellement, j'ai fini par décider de ne plus faire payer le port en l'absence de remise. Il est assez logique que, tout frais compris, personne ne paie le livre plus cher que le prix officiel.
Pour les envois vers l'étranger, insistez
auprès de la poste. Il existe bel et bien des tarifs spéciaux
qui s'appliquent aux livres et aux périodiques. Ainsi, pour
10 kg de la France vers la Belgique, à condition de préparer
votre envoi sous la forme de deux paquets de 5 kg, vous payez 16,46
€ au lieu de 39,63 € ! Et même si c'est évidemment
dans des délais différents, il est moins cher
d'envoyer 500 grs au Maroc (1,28 €) ou en Chine (2,13 €),
qu'à votre voisin de palier (2,44 € en mode lettre) !
Voici la grille complète de ces tarifs ( la POSTE française
ne semble pas décidée à éditer de
brochure) :
|
|
Zones
1-2 |
Zones
3-4-5-6 |
|
250 grs à 500 grs |
1,28 € |
2,13 € |
|
500 grs à 1 kg |
2,47 € |
4,12 € |
|
1 kg - 2 kg |
3,29 € |
4,57 € |
|
2kg - 3 kg |
4,57 € |
7,62 € |
|
3kg - 4 kg |
6,40 € |
10,67 € |
|
4kg - 5 kg |
8,23 € |
13,72 € |
Pour les envois plus classiques, afin
d'éviter d'avoir à coller cinq timbres sur une seule
enveloppe, achetez par lots de dix étiquettes-timbres à
la bonne valeur (par exemple 2,44 € pour 500 grs). C'est
possible dans les distributeurs de la POSTE française, avec
paiement par carte bleue.
Pour le conditionnement des livres expédiés, l'enveloppe à bulle est certainement le meilleur choix. Cela mérite une étude approfondie auprès des différents fournisseurs, tant les prix, les dimensions et les poids sont variables. Sauf coïncidence, les "prêts à poster" de la POSTE française ne protégeraient pas suffisamment vos livres, qui flotteraient. En revanche, pour vos correspondances et vos mailings, les enveloppes prétimbrées à fenêtre réduiront le nombre de gestes à effectuer.
Vous devez vous attendre à ce qu'une proportion importante des professionnels qui commandent votre livre ne joignent pas de chèque à leur bon de commande. Cela concerne en particulier les libraires. Si possible, vous déposerez les livres et repartirez avec un 'bon de livraison' prouvant que vous avez bien été délesté de quelques-uns de vos précieux exemplaires. Sinon, vous les confierez à la Poste (selon mon expérience, très fiable en France). Dans tous les cas, vous émettrez une facture éventuellement accompagnée d'un Relevé d'Identité Bancaire (RIB). Sur cette facture, vous n'aurez pas oublié de mentionner un numéro qui servira de référence au client, et vous permettra ultérieurement de repérer un éventuel paiement par virement. La facture devra aussi porter le 'numéro client de la commande'. Même si vous produisez une facture parfaite, celle-ci pourra légitimement ne vous être acquittée que 90 jours plus tard (de nombreux libraires paient toutefois à 30 jours).
Exemple de facture (format pdf).
Plutôt que d'envoyer le livre sans garantie, vous pouvez envoyer une facture en y apposant, très lisiblement la mention 'PROFORMA'. Le libraire comprendra qu'il ne recevra la marchandise qu'après vous l'avoir réglée. Ladite marchandise sera alors accompagnée d'une nouvelle facture portant la mention "acquittée". Selon mon expérience, il est inutile de s'y prendre ainsi systématiquement. Je n'ai pour l'instant envoyé de proformas qu'aux deux seul libraires qui ne m'avaient pas avoir payé le premier tome d'un ouvrage, après respectivement un an et dix-huit mois. Ils se repointaient pour en obtenir le second, sans doute commandé par le client du premier qu'ils étaient pressés de satisfaire. Ah ah ah... Mais selon la procédure normale, la plupart des clients finissent par régler, même si c'est parfois après huit ou neuf mois. Certes, il en est qui doivent être rappelés plusieurs fois avec insistance, et souhaient recevoir moulte duplicatas de factures. Répondez donc à leurs désirs jusqu'à obtenir votre dû !
|
Merci infiniment,
Madame la comptable d'une librairie, qui avez bien voulu me
confier ceci par téléphone : |
La vente par l'intermédiaire d'une librairie virtuelle
De plus en plus d'amateurs de livres se les procureraient via les librairies virtuelles. La commande et le paiement se font alors via Internet. Le livre est ensuite acheminé par la poste, en deux étapes. Depuis vos stocks vers la librairie virtuelle d'abord, puis de cette librairie pas si virtuelle que ça vers le client. Il ne faut donc pas vous le cacher : les librairies virtuelles sont directement concurrentes de votre vente via Internet. En effet, vous devrez leur accorder la traditionnelle remise aux libraires, parfois plus. Et même en facturant les frais de port, votre marge sera moindre que dans le cas d'un envoi direct au client, dont il fut question plus haut. Cela dit, vous serez heureux aussi des commandes de ces librairies virtuelles, surtout si vous en recevez plus que moi.
La vente par l'intermédiaire d'un distributeur ou d'un diffuseur
Pour la plupart, les éditeurs ayant pignon sur rue ne travaillent pas directement avec les libraires. Ils vendent chacun leurs livres en nombre à un ou plusieurs distributeurs, lesquels dispatchent les livres selon les commandes qui leur parviennent des libraires et autres clients. Merveilleuse solution qui évite bien du travail ? Absolument : ce serait pour vous une commande à traiter au lieu de 500, que rêver de mieux ? Malheureusement, évidemment, il y a un inconvénient. Comme vous, le distributeur veut nourrir sa famille, acheter une belle voiture (sans doute est-il même plus exigeant que vous à ce sujet), voire mettre un peu de côté. Pour le service rendu, il vous demande donc autour de 50% du prix de vente du livre. Bien sûr, selon la logique de ce mode de distribution, la remise libraire est incluse dans le taux. Il n'empêche que c'est un chiffre très élevé pour vous. D'autant que vous allez récupérer pleins d'invendus, dont un bon nombre seront tout juste bons pour... votre cheminée.
Rappelez-vous : chacun de vos livres, parce qu'imprimé en tirage plutôt faible, vous coûte déjà 25 % du prix de vente. Et pour sa promotion, vous dépensez, en moyenne, au moins 15% de ce même prix de vente. Or, sauf erreur de calcul de ma part, 25+15+55=95 %. Sans parler de la longue liste des autres frais dont certains sont évoqués plus loin : taxe professionnelle, retraite, informatique, stockage, frais de transport, téléphone, perte des livres qui vous sont retournés hors d'état, etc...
|
Quel est le sort de l'éditeur ayant pignon sur rue ? Côté
+ : - il bénéficie d'un prix par
exemplaire moins élevé, parce qu'il tire un nombre
d'exemplaires plus élevé et parce qu'il obtient de
meilleurs prix d'impression, Côté
- : - il doit financer les livres qui se vendent le
moins, par la vente des quelques titres les mieux vendus. Même
la 'mise au pilon' des invendus lui coûte, sa cheminée
n'y suffisant pas, |
Donc, si vous faisiez appel à un distributeur, vous perdriez forcément de l'argent. Vous saviez déjà que vous ne vous enrichirez pas en auto-éditant votre livre, mais tout de même... Sauf cas très particulier, par exemple si vous êtes riche comme crésus et si quelques lecteurs supplémentaires n'ont pas de prix pour vous, vous serez donc votre propre distributeur.
Vous pourriez aussi vous adresser à un diffuseur. Lui s'engagerait, en plus, à réaliser un travail de promotion de votre livre. Il enverrait son armée de représentants défendre votre livre auprès des libraires à hauteur des sommes que vous lui auriez léguées. S'il ne le faisait lui-même, il s'occuperait de faire distribuer les livres.
La solution consistant à faire appel à un distributeur était déjà économiquement peu réaliste. Elle restait tout de même cohérente avec votre situation. En revanche, la solution 'diffuseur', encore plus chère, ne l'est pas. En effet, vouloir faire passer votre livre comme un produit parmi les autres produits conduirait certainement à un échec. Ne serait-ce que parce que vous êtes auto-édité, et que votre texte n'a été sélectionné par aucun comité de lecture. Dans ces conditions (connues de tous, ne croyez pas pouvoir le camoufler), au moins un acteur dans la chaîne ne sera pas prêt à considérer votre livre comme un vrai produit. De plus, un distributeur ou un diffuseur n'aime pas les éditeurs qui publient pas plusieurs livres par ans.
Commercialement parlant, c'est très gênant. Vu sous un autre angle, c'est le plus grand honneur qu'on puisse vous faire. Évidemment, cela ne suffit pas à garantir que votre livre ait de l'intérêt au-delà de votre sphère rapprochée. Et puis, comme il ne sera passé au crible d'aucun comité de lecture, et comme aucun éditeur professionnel ne l'aura évalué de son oeil aiguisé, le risque sera accru que certaines tournures de phrases soient franchement innacceptables au sens des usages et des réalités de ce monde. Il n'empêche que votre engagement hors des logiques marketing a peut-être bien une certaine valeur intrinsèque. Ces constatations bouclent à la fois la logique et le paradoxe de l'auto-édition, merci.
Parfois, le fait de ne pas avoir inscrit tel ou tel numéro sur une pièce administrative coûte ensuite des heures et des heures de travail, quand il ne conduit pas à réclamer par erreur le paiement d'une facture à un client en règle depuis longtemps.
Bref : il faut absolument vous organiser, sous peine de ne plus pouvoir vous consacrer à l'essentiel de votre activité éditoriale : la promotion de votre livre et la préparation des suivants.
De mon côté, j'ai créé un Système Qualité inspiré de la normalisation ISO 9000, composé d'un ensemble de procédures. Celles-ci décrivent en détail les diverses activités à mener, depuis la composition des ouvrages jusqu'à l'organisation de l'envoi des livres en mon absence. C'est une solution assez lourde au départ, mais très efficace. Chaque problème rencontré appelle une modification dans ce manuel qualité, lancé le 7 octobre 2001 à l'occasion d'un joyeux repas entre amis.
Inscription à la chambre de commerce
En France, pour vendre votre livre dans de bonne conditions, il vous faudra faire une inscription à la chambre de commerce. La création de votre entreprise vous coûtera environ 120 €. Il s'agira probablement d'une URL (entreprise individuelle) plutôt que d'une SARL ou d'une SA. Vous choisirez donc entre le régime "micro-entreprise" et le régime "réel simplifié", dont il sera question plus loin. Quel que soit votre choix, vous recevrez l'extrait du registre du commerce qui officialise la naissance quelques jours plus tard. Cet extrait précisera aussi quels sont le numéro "RCS" et le numéro "Siret" d'immatriculation de votre entreprise, qu'il vous faudra faire figurer sur les factures. Vous serez devenu un vrai commerçant, et pourrez donc émettre de vraies factures. Cela simplifiera vos relations financières avec toutes les entreprises.
Non-inscription à la chambre de commerce
Bon, il se pourrait qu'au dernier moment vous ayez la flemme, et que vous cherchiez par tous les moyens à ne pas créer d'entreprise. Je vous pardonne. Au point de vous aider, un peu. Enfin, surtout en vous aidant à vous faire aider par d'autres.
Commencez donc par savourer ce miel de mail que m'a envoyé Claude Guillemin : « Avec les moyens informatiques dont nous pouvons disposer (imprimante laser) un auteur suffisamment expérimenté peut imprimer lui-même ses livres, couvertures comprises (inkjet couleur). Dans ce cas la main d'oeuvre ne coûte rien et seules les fournitures sont à prendre en compte. Je pratique de la sorte depuis deux ans et bien que la numérotation ISBN me soit refusée (mes livres ne sont pas des livres d'après AFNIL) les libraires que je contacte pour dépôt acceptent mes livres et des lecteurs les achètent. Ma fabrication s'adapte selon les besoins et je peux aussi bien fabriquer 100 livres d'un coup que 8 (multiple de 2). Je puis faire 24 livres par semaine car je suis retraité. Mon statut fiscal est parfaitement clair et je suis assimilé à un artiste (comme un peintre ou un sculpteur) et déclaré URSSAF comme tel. Le dépôt légal est fait dès les premiers livres achevés et je suis automatiquement protégé. Mon coût de fabrication est de l'ordre de 4 euros pour un livre vendu 10 euros. Si je laisse 30% aux libraires je couvre mes frais avec un petit bénéfice. Bien sûr il faut de l'huile de coude».
« L'exercice sans forme juridique précise, c'est-à-dire sans créer de personne morale (société ou association), est parfaitement admise ». C'est Maître Emmanuel Pierrat lui-même qui l'écrit, dans le dossier spécial autoédition du Journal Ecrire et Editer N° 46 (octobre-novembre 2003). On est même dispensé de taxe professionnelle (dont la disparition est promise par ailleurs en France, youpi). Mais pourquoi tout le monde (impôts, URSAFF, Chambre de commerce) m'a dit le contraire quand ce fut à moi de me décider ? En fait, je suis très content de la création d'une entreprise. Elle donne la légitimité essentielle à faire des factures, et simplifie les relations avec les libraires, les librairies, les autres entreprises, etc. Vous, non, donc. Passez au point suivant, donc.
Lisez L'auteur en liberté de Charles Vallier, Edition Michel Eyquem. Moi je ne l'ai pas lu, j'ai pas eu le temps et j'attends pour avoir le temps que l'auteur me l'offre – en supposant que l'auteur et/ou l'éditeur tombe par hasard et plein de gratitude sur cette page. Mais Marie Nieutin qui s'y connaît m'a dit que c'était super chouette (voyez au passage comment se développe aussi la réputation d'un livre, par le relais de gens comme moi qui ne les ont pas lus).
Versements aux organismes collecteurs
Suite à votre inscription à la chambre de commerce, de nombreux organismes seront prévenus de votre audace. Pour sa part, l'INSEE ne vous causera aucun souci. Cet institut sera juste très insistant si vous ne répondez pas à ses questionnaires en 17 feuillets. Vous recevrez par ailleurs des publicités de la part des vendeurs en équipements pour magasins. C'est plutôt agréable, les prix sont souvent intéressants. Mais les organismes de prélèvement vous attendent au tournant. Vous recevrez par exemple des dizaines de lettres de la part des caisses de retraites complémentaires pour salariés. Elles vous demanderont de choisir l'une d'entre elles, tout en vous précisant que vous ne leur devrez rien avant l'embauche de votre premier salarié. Ayez la patience d'ouvrir toutes les lettres, car parmi elles se cachera peut-être celle d'un organisme à l'impatience plus grande :
l'URSAFF vous demandera la première année une somme forfaitaire de 200 € par trimestre environ. Cette somme sera régularisée ensuite, pour être proportionnelle à votre bénéfice (le bénéfice est le montant des ventes auquel le total des frais est retranché).
avec la caisse de retraite ORGANIC, vous négocierez pour qu'une somme de 1000 € par semestre ne vous soit pas demandée la première année. Cette somme baissera à 200 €, car vous aurez su convaincre votre interlocuteur de l'absence de bénéfices dans les premiers mois.
la CANAM (sécurité sociale des professions indépendantes) vous demandera environ 300 € par trimestre. Cette somme pourra être réduite à zéro si vos gains sont faibles et si vous cotisez suffisamment à la sécurité sociale par ailleurs, par exemple si vous êtes vous-même employé dans une autre entreprise. Il s'agira alors d'une "affiliation secondaire'. Empressez-vous de fournir les justificatifs qui vous sont demandés chaque année, cela prend beaucoup moins de temps que de de faire annuler les injonctions à payer.
l'administration des impôts vous sollicitera pour le paiement de la taxe professionnelle. Celle-ci dépendra de la surface occupée dans votre appartement pour votre commerce (et que de votre nombre d'employés, qui sera probablement égal à zéro au début). Bien sûr, pour pouvoir vivre correctement chez vous, vous aurez réussi à tout caser sur un ou deux mètres carrés. Les livres en-dessous, et les documents de gestion de votre entreprise au-dessus. Il n'empêche que vous devrez payer de l'ordre de 200 € par an (youpi :avant la baisse de 2002, c'était plutôt 400 €).
Les charges minimum que vous aurez à payer annuellement aux organismes collecteurs s'élèveront donc à 400 € (Organic + taxe professionnelle), auxquels il faudra rajouter 1200 € si vous ne cotisez pas déjà à la sécurité sociale. Il est fort probable que vous n'aurez pas à payer la cotisation de 0,20 % sur le chiffre d'affaires auquel a droit le Centre National du Livre (merci à Marie-Pierre Delaban pour cette information) : ce n'est obligatoire qu'à partir d'un chiffre d'affaires de 76000 €, chiffre hors de portée au début.
Notez aussi que probablement, votre assurance individuelle ne couvre pas votre activité commerciale. Après avoir vérifié ce point, il faudra donc vous retouner vers des assurances spécialisées, avec lesquelles il s'agira de négocier dur pour obtenir une prime raisonnable. En effet, ce que vous avez à assurer sera certainement bien en-dessous de tous les planchers de couverture, et l'on cherchera peut-être à vous appliquer un plancher de cotisation élevé (par exemple 250 € HT).
Les impôts sur les bénéfices
Vis-à-vis des impôts que vous aurez à payer sur vos bénéfices, il y a en France deux possibilités, selon le régime que vous aurez choisi pour votre entreprise :
en régime "micro-entreprise", vous déclarez votre chiffre d'affaire, c'est-à-dire le montant total de vos ventes de l'année (ce montant doit être inférieur à 75 000 €). Sur cette somme, vous bénéficiez d'un abattement de 70%. La somme imposable, qui se rajoute à vos éventuels autres revenus, est donc égale à 30% de vos ventes. Mais vous ne pouvez pas déduire les dépenses de votre entreprise, et si elles sont plus importantes que les gains vous payez tout de même des impôts ! Déconseillé pour l'auto-édition, toujours difficile à équilibrer.
en régime "réel simplifié" la déduction est naturelle. Le compte d'exploitation que vous devez produire chaque année avec un bilan fait apparaître le bénéfice, différence entre vos gains et vos frais. Ce bénéfice servira de base au calcul de l'impôt et des cotisations obligatoires (URSAFF, caisse de retraite). S'il est négatif, vous pourrez mettre en avant un crédit d'impôt l'année suivante (il cessera d'être valable au bout de trois ans).
Dans ce régime "réel simplifié" vous devez aussi faire tous les trois mois une déclaration de TVA. Il s'agit d'indiquer quelle TVA vous avez dû payer (par exemple les 5,5% que l'imprimeur a rajouté au prix de vos livres), ainsi que la TVA que vous avez récupérée (5,5% sur la vente de vos livres). Au début, comme vous aurez acheté bien plus de livres que vous n'en aurez vendu, vous aurez la bonne surprise de voir le fisc vous rembourser de l'argent (à condition de l'avoir demandé grâce à l'imprimé adéquat).
Attention, la comptabilité ne s'improvise pas. En conséquence, si vous n'avez suivi aucune formation dans le domaine et si vous ne comptez pas vous y mettre, vous devrez absolument vous adresser à un cabinet d'expertise comptable. Cela vous coûtera plusieurs centaines d'euros par semestre, mais vous bénéficierez alors d'un abattement de 20% sur vos bénéfices imposables. Donc, vous allez vous y mettre.
Quel que soit le statut commercial que vous aurez choisi, il vous faudra gérer soigneusement vos commandes, au moins pour ne pas oublier de les honorer et pour en obtenir le paiement. Chaque commande vous amènera à créer ou à manipuler plusieurs pièces :
le devis, qui décrira les conditions dans lesquelles vous proposez d'effectuer une vente à un client potentiel.
le bon de commande que vous enverra un client, lequel cessera ainsi d'être seulement potentiel. Sur vos bons de commande, n'oubliez pas d'indiquer une date de fin de pérennité de votre offre, que vous serez certainement amené à faire évoluer.
vous livrerez ensuite les exemplaires, et le client vous signera en retour un bon de livraison.
si le client ne vous a pas payé lors de la livraison, vous lui transmettrez une facture (cf. plus haut et un exemple ici) .
le client vous retournera alors un titre de paiement que vous confierez à votre banque.
l'affaire sera véritablement terminée quand vous aurez vérifié que l'argent a été versé sur votre compte.
Incontestablement, cela fait beaucoup de paperasses et d'opérations, souvent pour un seul bouquin. Je vous conseille donc de suivre vos commandes une par une. Vous regrouperez en une liasse toutes les pièces correspondantes. Un trombone fera l'affaire ou, si vous ne vouez pas à ces serpentins d'acier une amitié excessive, vous préférerez des agrafes successives.
.... Il est certainement plus que temps, pour
vous, de retourner maintenant à votre plume.
Laissez-moi vous faire préalablement un présent.
Celui-ci vous rendra la vie plus facile dans quelque temps. Il s'agit
d'une "feuille
de route" (au format pdf)
que vous pourrez utiliser comme la première des pièces
de la liasse associée à une commande. Cette feuille
portera les principales informations relatives à la commande
considérée. Elle précisera aussi, à
chaque instant, dans lequel des douze états possibles la
commande se trouve. Douze ? Oui, c'est justement le nombre de volets
offerts par des parapheurs que l'on trouve dans le commerce. Cher
auteur-éditeur-PDG, vous pourrez y classer précieusement
la délicate correspondance commerciale avec vos clients.
Avant de vous
reposer, enfin ?
Serge Potteck, le 5 septembre 1999 (première version).
Pour les
informations et idées que vous nous faites partager dans ce
texte, merci à vous :
|
François
Baudez |
André-Pierre
Diriken |
Et vous, cher lecteur, chère lectrice,
Vous appréciez ce guide au point de...
Faite connaitre ici votre livre !
Le bimestriel "Écrire & Éditer", vendu en kiosques. Voir en particulier le dossier dirigé par Laetitia Perraut, dans le numéro 46 d'octobre-novembre 2003. Malheureusement, le Calcre qui éditait cette revue est en difficulté.
"Manuel pratique pour les auteurs". Jacques Dutertre, Editions Grancher.
"Du manuscrit au livre ou comment publier ses oeuvres". J. M. Mondelo, Edité par l'Auteur, ISBN 2-9504230-0-0 (pour se le procurer : voir avec un libraire).
"Publier son livre : pour les auteurs qui veulent être édités". Nicolas Delecourt, Laurence Happe Durieux, Editions Puits fleuris.
L'auteur en liberté de Charles Vallier, Edition Michel Eyquem
L'annuaire "Audace" publié au Calcre par Roger Gaillard (ISBN 2-906018-13-9) : un millier de maisons d'édition présentées selon leurs publications et selon leur respect envers les auteurs. Vous éviterez celles auxquelles 'trois tomates' sont décernées.
Le centre national du livre. "Etablissement public au service d'une activité culturelle, le Centre national du livre est un lieu de rencontres et d'actions interprofessionnelles".
Le Syndicat National de l'Édition. Du très sérieux. Approfondissez-le quelques mois après avoir lancé votre activité, pour vérifier que vous êtes en règle.
Pour devenir un vrai professionnel de l'édition : "Traité pratique d'Edition". Philippe Schuwer. Editions du cercle de la librairie.
L'organisation et les tendances de l'édition : "Le Livre : mutation d'une industrie culturelle", François Rouet, Les Etudes de la Documentation française.
Une histoire de l'édition en France : "Où va le livre ?", Jean-Yves Mollier, La Dispute.
Protection : la Société des Gens de Lettres (SGDL) ou la Société des auteurs compositeurs dramatiques (SACD) (http://www.sacd.fr/). Les enveloppes SOLEAU peuvent être achetées dans les INPI .Cf. aussi le dossier complet dans le magazine Ecrire & Editer N° 36 de février-mars 2002.
Le site du dépôt légal.
La suite bureautique Openoffice, qui permet tout et même de produire directement du pdf.
Les logiciels Ghostcript et ghostview pour visualiser les fichiers POSTCRIPT et les transformer en fichiers pdf.
Le logiciel BARCODEX pour créer votre code-barre.
Le guide "Objectif entreprise" de la CNAM.
Choisir votre statut juridique. Guide de l'Agence pour la Création d'Entreprise. Éditions d'Organisation, 2000. Préparé par l'APCE (Agence Pour la Création d'Entreprise.
Déclarations à l'URSAFF
Club-compt@ble (Problèmes de comptabilité)
Guide du créateur et de la création d'entreprise
Exemple de facture (format pdf).
Le site du Ministère de la Culture français
L'association "INFORMATION ET DEFENSE DES AUTEURS" (en difficulté actuellement, aidons-là et souhaitons-lui bon courage !)
Vous vous ferez un devoir de faire respecter cette superbe loi aux employés de votre "maison" d'édition. Mais à vous même, dans ce qui sera votre seconde vie, alors que dans la première vous dépasserez peut-être déjà le quota ? Cela dépend évidemment de votre situation et des connaissances que vous possédez déjà. Voici en tout cas une estimation très approximative du temps que j'ai moi-même passé aux différentes tâches (je maîtrisais déjà bien l'informatique et disposais des connaissances de base en gestion).
Durée infinie. C'est très bien ainsi.
Bâtir une organisation satisfaisante demande plusieurs mois, voire un an. Parce que vous n'avez pas que cela à faire, d'abord. Mais surtout, parce qu'il faut le temps que tout cela mûrisse dans votre tête, que vous ayez l'idée d'accrocher l'agrafeuse au plafond plutôt que de la rechercher régulièrement pendant de longues minutes, etc.. Ce travail d'organisation devra être poursuivi sans relâche, mais deviendra évidemment de moins en moins lourd.
|
Tâche |
Durée |
Remarques |
|
Prise de renseignements sur les démarches à suivre. |
30 heures |
Dont la lecture que vous êtes en train de faire. |
|
Inscription à la chambre de commerce. |
1 heure |
|
|
Dépôt et paiement de votre nom de domaine. |
30 mn |
Plus si vous n'êtes pas habitué à effectuer des règlements aux USA. |
|
Ouverture de votre site après choix d'un hébergement. |
6 heures |
|
|
Inscription et premiers échanges avec l'URSAFF. |
3 heures |
|
|
Inscription et premiers échanges avec la MGCIA. |
3 heures |
|
|
Inscription et premiers échanges avec ORGANIC. |
3 heures |
|
|
Demandes de renseignements à l'inspecteur des impôts, et compréhension de votre nouvelle situation fiscale. |
6 heures |
N'hésitez pas à prendre rendez-vous avec l'inspecteur des impôts pour lui demander tous les renseignements utiles. |
|
Construction du site WEB et chargement des nouvelles pages. |
100 heures |